Par Nathan de MuscuNutrition, publié le , mis à jour le .
En 2004, une équipe de Berlin a décrit un petit garçon aux cuisses hors normes : vers 4 ans, il tenait deux haltères de 3 kg bras tendus. Son gène de la myostatine, la protéine qui freine la croissance des muscles, ne fonctionnait pas. Depuis, le « bloqueur de myostatine » est devenu une promesse de rayon : dépasser sa limite naturelle avec une gélule. Chez l’humain, ce qui fait le plus sûrement baisser la myostatine, c’est la musculation. L’épicatéchine du cacao a de vrais résultats chez des seniors qui perdent du muscle, rien de démontré chez le jeune pratiquant, et les médicaments qui bloquent la myostatine ajoutent du muscle sans toujours ajouter de la force.
Un frein fabriqué par le muscle lui-même
La myostatine, aussi appelée GDF-8, appartient à la famille du TGF-bêta, des facteurs qui règlent la croissance des tissus. Le muscle la fabrique, et elle agit sur lui. Son travail : l’empêcher de grossir sans limite.
Elle se fixe sur un récepteur de la membrane des cellules musculaires, le récepteur à l’activine de type IIB, qu’on abrège en ActRIIB. Ce récepteur active à l’intérieur de la cellule deux protéines, Smad2 et Smad3. Elles entrent dans le noyau et freinent les gènes de la croissance. Elles s’opposent aussi à la voie Akt et mTOR, la voie principale de la synthèse des protéines musculaires, celle que stimulent l’entraînement et l’apport en protéines. Une revue de 2022 résume ce circuit dans ce schéma :

Le corps a aussi son frein du frein : la follistatine, une protéine qui capture la myostatine avant qu’elle atteigne son récepteur. C’est pour ça que beaucoup d’études mesurent les deux en même temps.
La myostatine n’est pas seule à freiner. Chez le singe, une cousine, l’activine A, pèse même plus lourd qu’elle sur la masse musculaire (Latres, 2017, une équipe du laboratoire Regeneron). C’est une des raisons pour lesquelles les résultats de la souris ne se retrouvent pas tels quels chez l’humain.
Double musculature : des chiens, des vaches, des souris et un petit garçon
Tout commence en 1997 à Baltimore. L’équipe de Se-Jin Lee retire le gène de la myostatine à des souris : leurs muscles pèsent 2 à 3 fois plus lourd, avec plus de fibres et des fibres plus grosses (McPherron, 1997). La même année, elle trouve la cause de la « double musculature » de deux races de vaches, la Blanc Bleu Belge et la Piémontaise : une mutation du même gène (McPherron et Lee, 1997).
En 2007, c’est au tour des whippets, des lévriers de course. Certains, surnommés « bully whippets », portent deux copies d’une petite mutation du gène. Ceux qui n’en ont qu’une copie sont plus musclés que les autres, et plus rapides en course (Mosher, 2007). Voilà à quoi ils ressemblent :

Chez l’humain, le cas le plus connu date de 2004. Markus Schuelke et ses collègues de l’hôpital de la Charité publient l’histoire d’un garçon dont la mère était une ancienne athlète professionnelle (Schuelke, 2004). Une mutation empêchait son gène de la myostatine de fonctionner. La section de ses quadriceps dépassait de 7,2 écarts-types la moyenne des enfants de son âge, et vers 4 ans il tenait deux haltères de 3 kg bras tendus à l’horizontale (détails repris par Omosule et Phillips, 2021).
Ces animaux ne sont pas des athlètes parfaits pour autant. Chez des souris sans myostatine, les muscles plus gros ne développent pas plus de force maximale. Rapportés à leur taille, ils sont même plus faibles, avec moins de mitochondries, les centrales à énergie de la cellule (Amthor, 2007). Leurs tendons sont plus petits et plus cassants (Mendias, 2008).
Surtout, ces cas parlent d’une suppression totale et définitive, dès l’embryon. Ils ne disent rien de ce que donne une petite baisse chez un adulte qui s’entraîne. C’est exactement là que le marketing fait son raccourci.
La musculation fait baisser la myostatine de 20 à 45 %
On commence avec Roth (2003). 15 jeunes et seniors, hommes et femmes, ont fait 9 semaines d’extension de jambe lourde, d’un seul côté. Dans les biopsies du quadriceps, des petits prélèvements de muscle à l’aiguille, l’activité du gène de la myostatine a baissé de 37 %. Walker (2004) a mesuré la protéine dans le sang de 17 hommes après 10 semaines de musculation lourde : -20 % en moyenne, avec de grosses différences d’une personne à l’autre. Laurentino (2012) a comparé trois façons de s’entraîner chez 29 hommes actifs pendant 8 semaines. Je te mets les chiffres juste en dessous :

Le lourd et le léger avec garrot, le sang du membre partiellement bloqué, ont aussi fait grossir le quadriceps d’environ 6 %. Le léger sans garrot n’a fait ni l’un ni l’autre : ce qui compte, c’est un effort qui fait grossir le muscle, pas la charge en elle-même.
En 2023, Khalafi et ses collègues ont regroupé 26 essais et 768 adultes de 18 à 82 ans. La musculation fait baisser la myostatine du sang et monter la follistatine, quel que soit l’âge. L’effort agit aussi par une autre voie : après 3 heures de vélo, la follistatine du sang est multipliée jusqu’à 7 fois dans les heures qui suivent, et elle viendrait du foie, pas du muscle qui travaille (Hansen, 2011).
Toutes les études ne vont pas dans ce sens. Chez 22 hommes non entraînés, 12 semaines à 85-90 % du maximum ont fait monter la myostatine, avec pourtant du muscle et de la force en plus (Willoughby, 2004).
Comment faire baisser la myostatine ? Avec de la musculation. Huit à dix semaines de séances lourdes, ou légères avec garrot, la font baisser de 20 à 45 % selon les études, et font monter la follistatine. C’est de loin le moyen le mieux démontré chez l’humain.
Gène du muscle ou protéine du sang : ce que les études mesurent
Certaines études mesurent l’activité du gène dans une biopsie, d’autres la protéine dans le sang. Dans le muscle, la baisse se joue surtout juste après la séance : chez 40 hommes en musculation, l’activité du gène était plus basse 4 heures après la dernière séance, puis remontait à 48 heures (Agergaard, 2015).
Le dosage dans le sang, lui, est discuté. Avec une méthode plus précise que les kits habituels, l’équipe de Bergen (2015) trouve que les jeunes hommes ont environ deux fois plus de myostatine dans le sang que les jeunes femmes, et plus que les hommes âgés. Une baisse dans le sang n’est donc pas un résultat en soi : ce qui compte, c’est la force et le muscle mesurés à côté.
Épicatéchine : plus de force chez les seniors en perte de muscle
L’épicatéchine est un flavanol, une petite molécule du cacao et du thé. C’est le « bloqueur naturel » de myostatine le plus vendu. Chez de vieilles souris, 1 mg/kg pendant 2 semaines a fait baisser la myostatine du muscle de 21 % et monter la follistatine de 56 % (Gutierrez-Salmean, 2014).
Dans le même article, 6 adultes de 41 ans ont pris 25 mg d’épicatéchine pure deux fois par jour, environ 1 mg/kg. Après 7 jours, leur force de serrage de la main avait gagné 7 % environ, et le rapport follistatine sur myostatine du sang 49 %. Six personnes, une semaine, aucun placebo : c’est un point de départ, pas une preuve.
L’essai de Mafi : 62 hommes sarcopéniques de 68 ans
L’essai le plus utile date de 2019. En Iran, Mafi et ses collègues ont recruté 62 hommes de 68 ans atteints de sarcopénie, la fonte musculaire liée à l’âge. Pendant 8 semaines, ils ont été tirés au sort en quatre groupes : musculation seule, épicatéchine seule à 1 mg/kg par jour (environ 70 mg pour 70 kg), musculation plus épicatéchine, ou placebo. Le programme : 3 séances par semaine, 8 exercices sur machines, 3 séries de 8 à 12 répétitions à 60-80 % du maximum.
La force à la presse à cuisses et au développé a le plus progressé dans le groupe musculation plus épicatéchine. La follistatine aussi. La myostatine n’a baissé que dans les deux groupes qui s’entraînaient. Et l’indice de masse musculaire des bras et des jambes, comme le temps pour se lever d’une chaise, marcher quelques mètres et se rasseoir, s’est amélioré dans les trois groupes actifs par rapport au placebo, épicatéchine seule comprise. Je n’ai pu lire que son résumé et les tableaux de deux revues qui le reprennent.
En 2026, Zhu et ses collègues ont regroupé 11 essais où l’on prenait un polyphénol en plus de la musculation. L’essai de Mafi y ressort comme le plus favorable de tous. Voilà ce que ça donne :

Ce qui n’est pas mal du tout pour un complément. Mais c’est un seul essai, avec une quinzaine d’hommes par groupe, et personne ne l’a refait.
Même sans entraînement, chez 67 sexagénaires coréens
Seo et ses collègues (2021) ont testé un extrait de thé vert traité par une enzyme pour le rendre riche en épicatéchine : 600 mg par jour, soit environ 60 mg d’épicatéchine, avec aussi beaucoup d’acide gallique. 80 adultes de 60 ans et plus, en majorité des femmes, l’ont pris ou ont pris un placebo pendant 12 semaines, sans changer leurs habitudes. 67 ont été analysés. Voilà les résultats :

Sans la moindre séance, c’est encourageant. Mais sur les quatre groupes de muscles testés au genou, seuls les fléchisseurs du genou droit ont progressé plus que sous placebo. La masse des bras a baissé de 70 à 90 g dans les deux groupes, alors que le résumé ne parle que du placebo. Cinq personnes ont été retirées de l’analyse, et l’extrait venait de son fabricant, BTC Corporation, qui compte deux des auteurs.
D’autres essais vont dans le même sens chez des personnes âgées ou malades. Chez 44 personnes de 72 ans atteintes d’artérite des jambes, 6 mois d’une boisson de cacao apportant 75 mg d’épicatéchine par jour ont allongé de 42,6 m la marche en 6 minutes (McDermott, 2020). Chez des adultes de 55 à 90 ans, 12 semaines de cacao riche en flavonoïdes ont amélioré le lever de chaise et la masse musculaire (Munguia, 2019).
Dans la myopathie de Becker, une maladie génétique du muscle, 7 hommes ont pris 50 mg deux fois par jour pendant 8 semaines. Leur follistatine a monté et leur myostatine a baissé, dans le muscle comme dans le sang (McDonald, 2021). Mais il n’y avait pas de placebo, et l’étude était financée par Epirium Bio, qui développe l’épicatéchine comme médicament.
L’épicatéchine est-elle un vrai bloqueur de myostatine ? Chez des seniors, elle la fait un peu baisser : en 12 semaines contre placebo sans entraînement, et en 8 semaines quand elle s’ajoute à la musculation, avec plus de force à la clé. Chez de jeunes adultes à vélo, la myostatine du muscle n’a pas bougé.
Chez les jeunes : rien sur le muscle, un frein sur l’endurance
Chez des jeunes en bonne santé, le seul essai de plusieurs semaines est défavorable. Schwarz (2018) a donné 100 mg d’épicatéchine pure deux fois par jour, ou un placebo, à des adultes actifs de 18 à 30 ans pendant 4 semaines de vélo. 20 sont allés au bout. La puissance en sprint a progressé autant dans les deux groupes. Mais la VO2max, la quantité maximale d’oxygène que ton corps peut utiliser, est passée de 33,2 à 40,7 mL/kg/min sous placebo, contre 34,3 à 36,4 sous épicatéchine. Une enzyme des mitochondries, la SDH, n’a augmenté que sous placebo. Et la myostatine du muscle n’a bougé dans aucun groupe.
C’est le même genre de frein que celui des fortes doses de vitamines C et E, que je décris dans mon article sur les antioxydants en musculation. Avec 9 personnes par groupe, il reste à confirmer. Prise juste avant l’effort, l’épicatéchine n’a augmenté ni le flux sanguin du bras pendant des curls, ni la performance en CrossFit (Schwarz, 2020). Et aucun essai ne l’a testée sur plusieurs semaines de musculation chez de jeunes pratiquants.
Chocolat noir et thé : il faudrait en manger des tablettes

On trouve de l’épicatéchine dans le cacao et le thé vert, mais pas beaucoup. Dans l’essai de Taub (2016), 20 g d’un chocolat noir choisi pour sa richesse en flavanols apportaient 26 mg d’épicatéchine, pour 100 kcal. Pour retrouver la dose de l’essai de Mafi, environ 70 mg pour un homme de 70 kg, il en faudrait plus de 50 g par jour, soit près de 270 kcal.
Ces 20 g ont quand même fait quelque chose : chez 20 sédentaires d’environ 50 ans, 3 mois de ce chocolat ont fait monter la VO2max de 17 %, un résultat à la limite de la significativité, sans changement sous placebo. Méfie-toi du cacao en poudre fortement alcalinisé : l’essai de Munguia s’en servait comme cacao sans flavonoïdes.
Follistatine : le frein du frein, introuvable en gélule
Si la follistatine capture la myostatine, pourquoi ne pas en ajouter ? Chez la souris, ça marche. Des souris qui en fabriquent beaucoup dans leurs muscles grossissent autant que des souris sans myostatine (Lee et McPherron, 2001). Et des souris sans myostatine qui fabriquent en plus de la follistatine ont environ quatre fois plus de muscle que des souris normales (Lee, 2007) :

Ce quadruplement montre que la follistatine neutralise d’autres freins que la myostatine, comme l’activine A. Chez l’humain, elle n’a été testée que par thérapie génique, injectée dans les quadriceps de 6 malades à chaque fois. Dans la myopathie de Becker, la marche en 6 minutes a gagné de 29 à 125 m chez 4 patients sur 6 (Mendell, 2015). Dans la myosite à inclusions, une maladie inflammatoire du muscle, elle a progressé de 56 m par an, quand celle de 8 malades non traités baissait de 26 m (Mendell, 2017).
Quant aux compléments vendus pour « faire monter la follistatine », je n’ai trouvé aucun essai chez l’humain dans PubMed. La follistatine est une protéine, et une protéine avalée est digérée comme les autres. Pour faire monter la tienne, l’effort reste le moyen le mieux prouvé. L’épicatéchine a aussi un petit signal : sous 50 mg deux fois par jour, la follistatine du sang de quelques volontaires était environ 2,5 fois plus haute au 5e jour qu’au 1er (Barnett, 2015).
Créatine, HMB, acide ursolique, sulforaphane : les autres « anti-myostatine » du rayon
La créatine a un résultat chez l’humain. Chez 27 hommes de 23 ans, 8 semaines de musculation ont fait baisser la myostatine du sang, plus fortement avec de la créatine qu’avec un placebo (Saremi, 2010 ; je n’ai lu que le résumé).
Une algue, Cystoseira canariensis, a été vendue comme « capteur de myostatine ». Chez 22 hommes en musculation, 1 200 mg par jour pendant 12 semaines n’ont changé ni la myostatine, ni la force, ni le muscle (Willoughby, 2004). Le HMB, un dérivé de la leucine, n’a fait baisser l’activité du gène de la myostatine que chez le rat (Shirvani, 2020).
L’acide ursolique, ici tiré du romarin, doit sa réputation à un petit essai coréen : 16 hommes en musculation, 450 mg par jour pendant 8 semaines, plus d’irisine et de force qu’au départ (Bang, 2014). La myostatine n’y était pas mesurée. Chez 22 hommes actifs, 400 mg par jour n’ont ajouté ni force ni muscle à la musculation (Lobo, 2021).
Le sulforaphane du brocoli, souvent cité, n’a agi sur la myostatine que dans des cellules en culture, de porc puis de souris (Fan, 2012 ; Son, 2017), et chez de vieilles souris (Bose, 2020). Jamais chez l’humain, comme je le montre dans mon analyse du sulforaphane. Pour la turkestérone, la « myostatine divisée par 4 » vient de cellules de souris baignées 6 heures dans un extrait.
Reste la vitamine D : chez 40 hommes en musculation, elle n’a ajouté ni muscle ni force, seulement un gène de la myostatine moins actif chez les jeunes (Agergaard, 2015), comme je l’explique dans l’article sur la vitamine D en musculation.
Inhibiteurs de myostatine : du muscle en plus, rarement de la fonction
Les laboratoires ont développé des molécules bien plus puissantes : des anticorps contre la myostatine ou son récepteur, et des faux récepteurs qui la capturent dans le sang. Ce sont des médicaments injectés dans des essais, sous surveillance médicale. Je résume ce qu’ils ont donné, sans aucun conseil d’usage.
Le premier anticorps, le MYO-029, n’a apporté ni force ni fonction à 116 adultes atteints de dystrophies musculaires (Wagner, 2008). Le faux récepteur ACE-031 a fait gagner 3,3 % de masse maigre en un mois, avec une seule injection, à des femmes ménopausées (Attie, 2013), mais son essai chez des garçons atteints de myopathie de Duchenne a été arrêté pour des saignements de nez et des petits vaisseaux dilatés sur la peau (Campbell, 2017). Chez 201 personnes de 75 ans et plus qui chutaient, 24 semaines de landogrozumab ont ajouté 0,43 kg de muscle aux bras et aux jambes, avec un peu de mieux pour monter les marches (Becker, 2015).
Le bimagrumab bloque le récepteur lui-même, donc la myostatine et l’activine A. Chez 180 sarcopéniques de 70 ans et plus, 6 mois de traitement ont fait gagner 7 % de masse maigre, contre 1 % sous placebo, mais avec un peu d’exercice et une alimentation suffisante, la fonction physique a progressé autant dans les deux groupes (Rooks, 2020). Dans la myosite à inclusions, 251 malades n’ont pas marché plus loin au bout d’un an (Hanna, 2019). Son effet le plus net porte sur la graisse : -20,5 % de masse grasse en 48 semaines chez 75 diabétiques en surpoids, avec 1,7 kg de masse maigre en plus (Heymsfield, 2021). Il est maintenant testé avec le sémaglutide contre l’obésité (Heymsfield, 2026).
L’apitegromab, qui empêche la myostatine de s’activer, a réussi un grand essai de phase 3. Chez des enfants de 2 à 12 ans atteints d’amyotrophie spinale, il a fait gagner 1,8 point de motricité par rapport au placebo en un an (Crawford, 2025). Chez 102 adultes qui maigrissaient sous tirzépatide, il a limité la perte de muscle de 1,9 kg (Pratley, 2026).
Le bilan de près de vingt ans d’essais : bloquer la myostatine ajoute du muscle, surtout chez des gens malades ou âgés, mais ce muscle ne se traduit pas toujours en force ou en marche.
Dangers des bloqueurs : l’épicatéchine passe bien, les anticorps moins
Pour l’épicatéchine, les données sont rassurantes mais minces. Des volontaires ont pris jusqu’à 200 mg en une prise, et 50 mg deux fois par jour pendant 5 jours, sans effet indésirable (Barnett, 2015), et chez Seo, les effets indésirables étaient aussi fréquents sous extrait que sous placebo. Le vrai signal, c’est le frein sur l’endurance vu chez Schwarz. Personne n’a testé plus de 200 mg par jour pendant plusieurs semaines, ni chez la femme enceinte ou qui allaite.
Les médicaments ont des effets plus nets. Sous bimagrumab, 40 à 68 % des malades ont eu des crampes selon la dose, contre 21 % sous placebo, et 32 à 52 % des diarrhées, contre 18 % (Hanna, 2019), sans compter l’acné de l’essai sur l’obésité. Le landogrozumab a donné des réactions au point d’injection chez 30 % des patients contre 9 %. Et chez la souris, la suppression totale de la myostatine rend les tendons cassants (Mendias, 2008) : personne ne sait ce que donnerait un blocage de plusieurs années chez un adulte qui soulève lourd.
Bloquer la myostatine est-il dangereux ? Avec l’épicatéchine, aucun effet indésirable n’a été relevé jusqu’à 200 mg par jour, mais elle a freiné les progrès d’endurance de jeunes adultes. Les médicaments bien plus puissants donnent crampes, diarrhées ou saignements de nez selon la molécule, et leurs effets sur plusieurs années restent inconnus.
Toutes les études humaines sur la myostatine et ses bloqueurs
| Étude | Participants | Produit et dose par jour | Durée | Résultat |
|---|---|---|---|---|
| Gutierrez-Salmean 2014 | 6 adultes de 41 ans, sans placebo | Épicatéchine pure, 50 mg | 7 jours | Force de la main +7 %, rapport follistatine sur myostatine +49 % |
| Mafi 2019 | 62 hommes sarcopéniques de 68 ans | Épicatéchine, 1 mg/kg, avec ou sans musculation | 8 semaines | Plus de force et de follistatine avec musculation plus épicatéchine ; masse musculaire améliorée aussi avec l’épicatéchine seule |
| Seo 2021 | 67 adultes de 64 ans, surtout des femmes | Extrait de thé vert, 600 mg (environ 60 mg d’épicatéchine) | 12 semaines | Fléchisseurs du genou droit +6,2 N·m contre -1,9, myostatine du sang en baisse |
| McDermott 2020 | 44 personnes de 72 ans avec artérite des jambes | Boisson de cacao, 75 mg d’épicatéchine | 6 mois | +42,6 m de marche en 6 minutes |
| Munguia 2019 | Adultes de 55 à 90 ans | Cacao riche en flavonoïdes | 12 semaines | Lever de chaise et masse musculaire améliorés |
| McDonald 2021 | 7 hommes avec myopathie de Becker, sans placebo | Épicatéchine, 100 mg | 8 semaines | Follistatine en hausse, myostatine en baisse |
| Taub 2016 | 20 sédentaires d’environ 50 ans | Chocolat noir, 20 g (26 mg d’épicatéchine) | 3 mois | VO2max +17 % (à la limite de la significativité) |
| Barnett 2015 | 17 volontaires en bonne santé | Épicatéchine, 50 à 200 mg | 1 à 5 jours | Aucun effet indésirable, follistatine environ x2,5 |
| Schwarz 2018 | 20 adultes actifs de 18 à 30 ans | Épicatéchine pure, 200 mg | 4 semaines de vélo | VO2max +2,1 contre +7,5 mL/kg/min sous placebo, myostatine inchangée |
| Schwarz 2020 | 11 hommes, puis 11 adultes | Épicatéchine, 200 mg | 1 séance, puis 3 jours | Ni plus de flux sanguin, ni meilleur temps en CrossFit |
| Roth 2003 | 15 jeunes et seniors | Musculation lourde | 9 semaines | Gène de la myostatine -37 % |
| Walker 2004 | 17 hommes | Musculation lourde | 10 semaines | Myostatine du sang -20 % |
| Laurentino 2012 | 29 hommes actifs | Musculation lourde, légère, ou légère avec garrot | 8 semaines | Gène de la myostatine -41 % (lourd) et -45 % (garrot) |
| Willoughby 2004 | 22 hommes non entraînés | Musculation à 85-90 % du maximum | 12 semaines | Myostatine en hausse, muscle et force aussi |
| Khalafi 2023 | 26 essais, 768 adultes | Musculation | Variable | Myostatine en baisse, follistatine en hausse |
| Hansen 2011 | Hommes en bonne santé | 3 heures de vélo | 1 séance | Follistatine du sang x7 |
| Agergaard 2015 | 40 hommes jeunes et âgés en musculation | Vitamine D, 1 920 UI | 16 semaines | Ni muscle ni force en plus ; gène de la myostatine moins actif chez les jeunes |
| Saremi 2010 | 27 hommes de 23 ans | Créatine, avec musculation | 8 semaines | Myostatine du sang plus basse qu’avec la musculation seule |
| Willoughby 2004 | 22 hommes | Cystoseira canariensis, 1 200 mg | 12 semaines | Aucune différence avec le placebo |
| Bang 2014 | 16 hommes | Acide ursolique, 450 mg | 8 semaines | Irisine et force en hausse, myostatine non mesurée |
| Lobo 2021 | 22 hommes actifs | Acide ursolique, 400 mg | 8 semaines | Ni force ni muscle en plus |
| Mendell 2015 | 6 patients avec myopathie de Becker | Thérapie génique de follistatine | Une injection | Marche de 6 minutes +29 à +125 m chez 4 sur 6 |
| Mendell 2017 | 6 malades de myosite à inclusions | Thérapie génique de follistatine | Une injection | +56 m par an contre -26 m chez 8 non traités |
| Wagner 2008 | 116 adultes avec dystrophie musculaire | Anticorps MYO-029 | Non précisée dans le résumé | Ni force ni fonction en plus |
| Attie 2013 | 48 femmes ménopausées | ACE-031, une injection | 29 jours | Masse maigre +3,3 % |
| Campbell 2017 | Garçons avec myopathie de Duchenne | ACE-031 | Arrêté | Saignements de nez, vaisseaux dilatés |
| Becker 2015 | 201 personnes de 75 ans et plus qui chutaient | Landogrozumab | 24 semaines | +0,43 kg de muscle, un peu mieux aux escaliers |
| Rooks 2020 | 180 sarcopéniques de 70 ans et plus | Bimagrumab, 700 mg par mois | 6 mois | Masse maigre +7 % contre +1 %, fonction identique |
| Hanna 2019 | 251 malades de myosite à inclusions | Bimagrumab | 52 semaines | Marche identique, crampes et diarrhées |
| Heymsfield 2021 | 75 diabétiques en surpoids | Bimagrumab | 48 semaines | Masse grasse -20,5 %, masse maigre +1,7 kg |
| Heymsfield 2026 | 507 adultes obèses | Bimagrumab, avec ou sans sémaglutide | 48 semaines | -9,3 kg seul, -17,8 kg avec sémaglutide, contre -3,3 kg |
| Crawford 2025 | 188 jeunes avec amyotrophie spinale | Apitegromab | 12 mois | +1,8 point de motricité chez les 2-12 ans |
| Pratley 2026 | 102 adultes sous tirzépatide | Apitegromab | 24 semaines | 1,9 kg de muscle perdu en moins |
Dernière étude ajoutée : Pratley RE et al., 2026.
Mon conseil : la musculation d’abord, 1 mg/kg d’épicatéchine après 60 ans
Si tu as moins de 50 ans et que tu t’entraînes, ta myostatine baisse déjà à chaque bloc de musculation lourde. Mets ton énergie dans le programme, les protéines et la créatine, les bases que je classe dans ma page sur les compléments de musculation. L’épicatéchine n’a rien montré chez un jeune pratiquant, et je l’éviterais pendant un bloc d’endurance.
Après 60 ans, ou si tu perds du muscle, l’épicatéchine a de vrais arguments, surtout en plus de la musculation. Vise la dose de l’essai de Mafi, environ 1 mg par kilo et par jour (70 mg à 70 kg), pendant au moins 8 à 12 semaines, la durée des essais positifs. Les essais sont allés de 50 à 200 mg par jour, et aucun n’a comparé le matin et le soir. Si tu veux en acheter, tu peux avoir une réduction sur l’épicatéchine pure Nutriforce avec le code MUSCUNUTRITION : c’est de l’épicatéchine pure, comme dans les essais de Mafi et de Schwarz. Elle est dosée à 500 mg par gélule, au-dessus de tout ce qui a été testé sur plusieurs semaines : une gélule par jour au maximum, jamais deux.
Si tu veux savoir comment je trie toutes ces études, j’explique ma méthode de lecture dans une page à part.
Sources
- Latres E, Mastaitis J, Fury W et al. (2017). Activin A more prominently regulates muscle mass in primates than does GDF8. Nature Communications.
- McPherron AC, Lawler AM, Lee SJ (1997). Regulation of skeletal muscle mass in mice by a new TGF-β superfamily member. Nature.
- McPherron AC, Lee SJ (1997). Double muscling in cattle due to mutations in the myostatin gene. Proceedings of the National Academy of Sciences.
- Mosher DS, Quignon P, Bustamante CD et al. (2007). A Mutation in the Myostatin Gene Increases Muscle Mass and Enhances Racing Performance in Heterozygote Dogs. PLoS Genetics.
- Schuelke M, Wagner KR, Stolz LE et al. (2004). Myostatin Mutation Associated with Gross Muscle Hypertrophy in a Child. New England Journal of Medicine.
- Omosule CL, Phillips CL (2021). Deciphering Myostatin’s Regulatory, Metabolic, and Developmental Influence in Skeletal Diseases. Frontiers in Genetics.
- Amthor H, Macharia R, Navarrete R et al. (2007). Lack of myostatin results in excessive muscle growth but impaired force generation. Proceedings of the National Academy of Sciences.
- Mendias CL, Bakhurin KI, Faulkner JA (2008). Tendons of myostatin-deficient mice are small, brittle, and hypocellular. Proceedings of the National Academy of Sciences.
- Roth SM, Martel GF, Ferrell RE et al. (2003). Myostatin Gene Expression is Reduced in Humans with Heavy-Resistance Strength Training: A Brief Communication. Experimental Biology and Medicine.
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