Vitamine D en musculation : force, testostérone, blessures et dose selon les études

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La vitamine D a la réputation d’être l’« hormone de la force ». Elle ferait monter la testostérone, grossir les muscles et protégerait des blessures. Quand on reprend les essais contrôlés un par un, la liste est plus courte, mais plus utile. La vitamine D réduit un peu les infections de l’hiver, surtout chez les personnes carencées, celles qui en manquent. Donnée avec du calcium, elle a fait baisser les fractures de stress chez des recrues militaires. Elle améliore aussi, parfois, la force des jambes chez des sportifs qui partaient avec un taux bas. Sur la masse musculaire et la testostérone, en revanche, les essais ne trouvent rien, même chez des hommes carencés. Tout dépend donc de ton taux de départ. Et en France, en février, il a de bonnes chances d’être bas.

En France, la peau n’en fabrique presque plus en hiver

Avant de parler sport, il faut comprendre d’où vient la vitamine D. Celle de ton sang vient surtout de ta peau, quand elle reçoit les UVB du soleil. Les aliments riches en vitamine D, eux, sont rares (Demay et al., 2024). Le souci, c’est qu’en hiver ça ne marche presque plus. Des chercheurs ont exposé de la peau humaine au soleil, par temps clair. À Boston (42° de latitude nord), elle ne fabriquait aucune prévitamine D3 de novembre à février. C’est la molécule de départ, que la peau transforme ensuite en vitamine D3. À Edmonton, au Canada (52° nord), c’était d’octobre à mars (Webb et al., 1988). La France métropolitaine se situe entre les deux, de la Corse (41° nord) à Dunkerque (51° nord).

Pour la France, on a des chiffres précis grâce à l’étude VARIETE. Elle a mesuré le 25(OH)D chez 892 adultes français en bonne santé. Le 25(OH)D, c’est la forme de réserve de la vitamine D, celle que dosent les laboratoires. 80,3 % des participants étaient sous 30 ng/mL, et 34,6 % sous 20 ng/mL. Une prise de sang faite entre janvier et mars avait 7,7 fois plus de chances de tomber sous 20 ng/mL. Habiter dans le nord du pays en donnait 1,9 fois plus (Souberbielle et al., 2016).

Graphique en barres horizontales : 6,3 % des adultes français testés sous 10 ng/mL, 9,9 % sous 12 ng/mL, 34,6 % sous 20 ng/mL et 80,3 % sous 30 ng/mL
Part des 892 adultes de l’étude VARIETE sous chaque seuil de vitamine D : un sur trois est sous 20 ng/mL. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Souberbielle et al., Endocrine, 2016.

Petit point sur les unités, parce que les études n’utilisent pas toutes les mêmes. 1 ng/mL vaut 2,5 nmol/L. Donc 20 ng/mL font 50 nmol/L, et 30 ng/mL font 75 nmol/L. Pour les doses, 1 µg de vitamine D vaut 40 UI.

À l’échelle de l’Europe, sur 55 844 personnes, 40,4 % étaient sous 50 nmol/L. Les personnes à la peau foncée étaient bien plus souvent sous 30 nmol/L que les populations blanches. Selon les études, c’était de 3 à 71 fois plus souvent (Cashman et al., 2016).

Les sportifs en salle sont les premiers concernés

Faire du sport ne protège pas. Une méta-analyse (une étude qui regroupe les résultats de plusieurs autres) a rassemblé 23 études et 2 313 sportifs. 56 % avaient un taux insuffisant, sous 32 ng/mL. Le risque d’en manquer était 1,85 fois plus élevé en hiver et au printemps. Il était aussi un peu plus élevé, de 1,19 fois, dans les sports d’intérieur (Farrokhyar et al., 2015). En plein hiver britannique, 62 % de 61 sportifs professionnels avaient moins de 50 nmol/L (Close et al., 2013a). Pour la vitamine D, la musculation est un sport d’intérieur, au même titre que le judo ou la danse.

Salle de musculation avec un rack à squat, une barre chargée et des haltères, traversée par un rayon de soleil oblique sur le mur
Une salle de musculation et son seul rayon de soleil. Photo : Jelmer Assink, Unsplash.

Sur la force, le taux de départ fait toute la différence

Chez les non-sportifs, un gain réservé aux plus carencés

On commence par les adultes qui ne sont pas sportifs. Une première méta-analyse regroupe 17 essais et 5 072 adultes. Quand le taux de départ dépasse 25 nmol/L, la vitamine D ne change rien à la force. Seuls deux essais ont été menés sous ce seuil. Dans ces deux-là, l’effet sur la force des hanches était très grand (Stockton et al., 2011). Une deuxième méta-analyse réunit 30 essais et 5 615 personnes de 61 ans en moyenne. Elle trouve un petit effet sur la force, plus marqué sous 30 nmol/L et après 65 ans. Sur la masse musculaire et sur la puissance (la force produite vite, comme dans un saut), l’effet est nul (Beaudart et al., 2014).

La méta-analyse la plus large porte sur 54 essais et 8 747 personnes, sans les sportifs. Elle ne trouve aucun bénéfice sur la force ni sur la masse musculaire, même chez les personnes à taux bas. Elle relève même une force un peu plus faible pour plier le genou, de 3,3 newtons (Bislev et al., 2021).

Chez les sportifs, les jambes et pas le développé couché

Côté sport, une première méta-analyse compte 8 essais et 284 sportifs. Sur la force globale, elle ne trouve rien. Rien non plus sur la détente verticale (la hauteur de saut), ni sur le haut du corps. En revanche, elle trouve un effet moyen sur la force des jambes. Cet effet ressort plus nettement chez les sportifs qui s’entraînent en salle (Zhang et al., 2019). Voilà ce que ça donne, essai par essai :

Graphique en forêt de la méta-analyse de Zhang 2019 : résultats de chaque essai sur la force du haut du corps et du bas du corps chez des sportifs prenant de la vitamine D
Effet de la vitamine D sur la force de sportifs, essai par essai : le haut du corps en haut, le bas du corps en dessous. Ce qui est à droite de la ligne verticale va en faveur de la vitamine D. Seul le losange du bas du corps est entièrement à droite. Zhang et al., PLoS One, 2019, figure 2 (partie a), licence CC BY 4.0.

Avant de t’emballer, regarde le bas de la figure. L’effet sur les jambes repose sur trois études seulement. La plus favorable (« Wyon 2015 » sur la figure) portait sur 22 judokas de niveau national, qui avaient un taux insuffisant. Ils ont pris une seule dose de 150 000 UI. En 8 jours, leur force des cuisses a augmenté de 13 %, sans changement sous placebo (Wyon et al., 2016).

Les méta-analyses suivantes ne font pas mieux. La première porte sur 11 essais et 436 sportifs, testés en saut et en 1RM, la charge maximale qu’on soulève sur une seule répétition. Chez ceux qui partaient sous 75 nmol/L, l’effet est petit, en haut comme en bas du corps. Il n’est même pas significatif : on ne peut pas le distinguer du hasard (Sist et al., 2023). La seconde compte 10 essais et 354 sportifs. Seule la force de contraction du quadriceps progresse. L’effet global, lui, reste non significatif (Han et al., 2024).

Quant aux essais positifs, ils sont petits ou mal contrôlés. Chez Close et al. (2013a), il y avait 5 footballeurs par groupe. Chez les danseurs de Wyon et al. (2014), le groupe témoin était fait de volontaires, sans placebo. À l’inverse, un essai sur 30 sportifs de club ne trouve rien. Avec 20 000 ou 40 000 UI par semaine, ni le 1RM ni le saut n’ont bougé (Close et al., 2013b).

Possible chez les sportifs carencés, et l’effet reste petit : quelques essais trouvent un gain de force des jambes chez des sportifs partis sous 50 nmol/L. D’autres ne trouvent rien. Au-dessus de 75 nmol/L, les essais ne montrent pas de gain de force, ni au développé couché ni au squat.

Aucun muscle en plus pendant un programme de musculation

Pour la masse musculaire, c’est plus simple. Un premier essai a été mené en plein hiver, à 56° de latitude nord. 40 hommes non entraînés, jeunes et âgés, ont été suivis pendant 16 semaines, dont 12 de musculation. Un groupe prenait 1 920 UI de vitamine D et 800 mg de calcium par jour, l’autre le calcium seul. La taille du quadriceps et la force ont progressé autant dans les deux groupes. Seuls des changements fins sont apparus chez les jeunes du groupe vitamine D. Ils avaient plus de fibres de type IIa, des fibres musculaires rapides. Leur gène de la myostatine, le frein naturel de la croissance musculaire, s’exprimait aussi moins (Agergaard et al., 2015).

Les deux essais de Savolainen sont, pour moi, les plus parlants. Ils ont recruté des hommes carencés, donc ceux qui avaient le plus à gagner. Dans le premier, 39 jeunes hommes sous 50 nmol/L ont suivi 12 semaines de musculation encadrée. Ils prenaient 8 000 UI par jour ou un placebo. Avec la vitamine D, le taux est passé de 36 à 142 nmol/L. Sous placebo, il est resté bas (29 nmol/L à la fin). Pourtant, le 1RM a progressé autant dans les deux groupes, et le placebo a même fait mieux au chest press et au rowing assis. Même chose pour la masse maigre, c’est-à-dire le poids du corps sans la graisse. Elle était mesurée par DXA, un examen aux rayons X (Savolainen et al., 2021). L’essai suivant, sur 28 hommes d’âge moyen, aboutit au même résultat (Savolainen et al., 2024). Leur limite : les groupes ont été répartis de façon quasi aléatoire, sans vrai tirage au sort. Je te mets les essais sur la force et le muscle dans le tableau juste en dessous.

ÉtudeParticipantsDoseDuréeRésultat
Close et al., 2013a10 footballeurs du centre de formation d’un club pro, 29 nmol/L au départ5 000 UI par jour8 semainesSprint sur 10 m et détente améliorés
Close et al., 2013b30 sportifs de club20 000 ou 40 000 UI par semaine12 semainesAucun effet sur le 1RM au développé couché et à la presse, ni sur le saut
Wyon et al., 201424 danseurs de ballet professionnels, témoins non tirés au sort2 000 UI par jour4 mois d’hiverForce isométrique +18,7 %, détente +7,1 %, moins de blessures
Wyon et al., 201622 judokas de niveau national à taux insuffisant150 000 UI en une prise8 joursForce des cuisses +13 %
Agergaard et al., 201540 hommes non entraînés, jeunes et âgés1 920 UI par jour + 800 mg de calcium16 semaines, dont 12 de musculationPas plus de muscle ni de force qu’avec le calcium seul
Savolainen et al., 202139 jeunes hommes sous 50 nmol/L8 000 UI par jour12 semaines de musculationGains de 1RM et de masse maigre identiques au placebo
Savolainen et al., 202428 hommes d’âge moyen à taux insuffisant8 000 UI par jour12 semaines de musculationGains de force et de masse maigre identiques au placebo

Le muscle possède pourtant des récepteurs à la vitamine D, des sortes de serrures sur lesquelles elle peut agir (Zhang et al., 2019). Des chercheurs ont aussi prélevé des cellules musculaires chez des hommes carencés. En culture, la forme active de la vitamine D améliorait leur réparation (Owens et al., 2015). Mais ce sont des cellules en boîte de Pétri. Elles montrent un mécanisme possible, pas un gain de muscle chez quelqu’un qui s’entraîne.

Ce que j’en retiens : la vitamine D n’est pas un complément de prise de masse. Si ton taux est bas, le corriger lève peut-être un frein, surtout sur les jambes. Au-delà, elle n’ajoute rien de mesurable.

Testostérone : l’essai de Pilz face aux essais qui ont suivi

L’idée que la vitamine D fait monter la testostérone vient surtout d’un essai de 2011. 54 hommes en surpoids suivaient un programme de perte de poids. Ils ont pris 3 332 UI de vitamine D par jour ou un placebo, pendant un an. Au départ, ils étaient carencés (sous 50 nmol/L), avec une testostérone dans le bas de la normale. Dans le groupe vitamine D, la testostérone totale est passée de 10,7 à 13,4 nmol/L. La testostérone libre, la petite part qui circule sans être accrochée à une protéine, est passée de 0,222 à 0,267 nmol/L. Sous placebo, rien n’a bougé (Pilz et al., 2011).

Sur le papier, c’est prometteur. Mais cet essai a des limites sérieuses. La testostérone a été analysée après coup, chez les hommes d’un essai sur la perte de poids. Seuls 31 d’entre eux ont reçu la vitamine D. Et les auteurs comparent chaque groupe à son propre point de départ, pas les groupes entre eux. Si on compare les deux groupes à la fin, l’écart fond : 13,4 nmol/L contre 12,7 sous placebo. Il reste 0,70 nmol/L, un écart trop incertain pour exclure qu’il soit nul (Paez-Allendes et al., 2026).

Les essais conçus pour répondre à la question, eux, ne trouvent rien. À Graz, en Autriche, une équipe a recruté 100 hommes en bonne santé de 39 ans en moyenne. Leur testostérone était normale, et leur vitamine D sous 75 nmol/L (53 en moyenne). Ils ont reçu 20 000 UI par semaine ou un placebo pendant 12 semaines. La testostérone a été mesurée par spectrométrie de masse, la méthode la plus fiable. L’effet est nul (Lerchbaum et al., 2017). Détail qui compte : Pilz, l’auteur de l’essai de 2011, cosigne cette étude. La même équipe a ensuite testé 100 hommes à testostérone basse (sous 10,4 nmol/L). Elle n’a rien trouvé non plus (Lerchbaum et al., 2019).

La méta-analyse de 2026 regroupe 11 comparaisons contre placebo. En fin d’essai, la testostérone totale n’est plus haute que de 0,47 nmol/L en moyenne avec la vitamine D. C’est un écart qu’on ne peut pas distinguer de zéro, donc pas d’effet démontré. Même chose pour la SHBG, la protéine qui bloque une partie de la testostérone dans le sang, et pour la testostérone libre calculée. Si on retire les malades graves (insuffisance cardiaque avancée, dialyse), un petit effet de 1,01 nmol/L devient significatif. Mais il disparaît quand on écarte les études sur sportifs et militaires, ou celles qui mêlent d’autres traitements (Paez-Allendes et al., 2026). Pour te donner une idée, 1 nmol/L représente environ 29 ng/dL. À mon avis, aucun pratiquant ne sentirait la différence.

Graphique en forêt de la méta-analyse de 2026 : écart de testostérone totale entre vitamine D et témoin pour 11 essais, avec un effet global de 0,47 nmol/L qui chevauche zéro
Écart de testostérone totale en fin d’essai entre vitamine D et témoin, en nmol/L. Le losange du bas résume les 11 comparaisons. Il déborde des deux côtés du zéro, comme l’essai de Pilz 2011 : pas d’effet net. Paez-Allendes et al., Nutrients, 2026, figure 2, licence CC BY 4.0.

Il reste les études d’observation, celles qui mesurent sans rien donner. On y voit un lien entre un taux bas de vitamine D et une testostérone plus basse. Selon les auteurs de cette méta-analyse, ce lien tient sans doute à des causes communes. On parle du surpoids, de la résistance à l’insuline (quand le corps y répond mal), de l’inflammation, du manque d’activité et de soleil. Si ta testostérone baisse, les causes à chercher sont donc ailleurs. J’en parle dans l’article sur la baisse de la testostérone libre avec l’âge et dans celui sur l’axe hormonal qui commande sa production.

Non chez l’homme qui n’est pas carencé, et c’est très douteux chez celui qui l’est : deux essais contre placebo conçus pour la question ne trouvent aucune hausse de la testostérone. La méta-analyse de 11 comparaisons non plus. Le seul résultat positif, chez des hommes carencés et en surpoids, disparaît quand on compare les groupes entre eux.

Fractures de stress : l’argument le plus solide vient des casernes

La fracture de stress, c’est une fissure de l’os qui cède sous des charges répétées. C’est l’une des blessures de surmenage les plus fréquentes chez les recrues militaires. Le plus grand essai a porté sur 5 201 recrues féminines de la marine américaine. Elles ont été tirées au sort pour recevoir 2 000 mg de calcium et 800 UI de vitamine D par jour, ou un placebo. Ça a duré les 8 semaines de classes. Les fractures de stress étaient confirmées par radio ou par scintigraphie, une imagerie de l’os. Elles ont touché 5,3 % des recrues supplémentées, contre 6,6 % sous placebo. Soit 20 % de fractures en moins, ce qui n’est pas mal du tout. Chez les 3 700 recrues allées au bout, c’était 6,8 % contre 8,6 % (Lappe et al., 2008). Sa limite : le calcium et la vitamine D étaient donnés ensemble. On ne sait donc pas lequel des deux a joué.

Graphique en barres : fractures de stress chez 6,6 % des recrues sous placebo contre 5,3 % avec calcium et vitamine D, et 8,6 % contre 6,8 % chez les recrues allées au bout
Fractures de stress en 8 semaines de classes : placebo en gris, calcium et vitamine D en rouge. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Lappe et al., Journal of Bone and Mineral Research, 2008.

Chez les Royal Marines, 1 082 recrues ont été suivies pendant 32 semaines. Celles qui démarraient sous 50 nmol/L avaient 1,6 fois plus de risque de fracture de stress. La saison compte beaucoup. Le taux moyen à l’entrée passait de 47 nmol/L en février à 97 nmol/L en juillet (Davey et al., 2016). Une méta-analyse de 2026 a repris 15 études et 4 183 participants. Elle confirme que les personnes qui se fracturent ont un taux plus bas, de 5,8 nmol/L en moyenne. Le lien est net chez les militaires. Chez les sportifs, il n’est pas significatif (Moraes et al., 2026).

Pour les autres blessures, il n’y a guère que les danseurs de Wyon. Il y a eu 5 blessures chez les 17 danseurs supplémentés, et 7 chez les 7 témoins, mais sans tirage au sort. Si ce sont tes tendons qui te posent problème, regarde plutôt ce que disent les études sur le collagène en musculation. Pour moi, la vitamine D a toute sa place si tu augmentes d’un coup ton volume de course ou de sauts en hiver. Surtout si ton taux est bas.

Récupération et rhumes d’hiver : le bénéfice va surtout aux carencés

Deux petits essais ont testé la récupération après des contractions excentriques. Ce sont celles où le muscle freine une charge en s’allongeant, comme dans la descente d’un squat. Dans le premier, 20 hommes avaient un taux insuffisant (45 nmol/L). Ils ont pris 4 000 UI par jour pendant 6 semaines. Leur quadriceps a mieux récupéré sa force : 14 % de plus à 48 heures, et 13,7 % à 7 jours (Owens et al., 2015). Dans le second, 28 hommes actifs avaient déjà un taux autour de 30 ng/mL. Avec 4 000 UI par jour pendant 35 jours, la récupération de la force était meilleure d’environ 8 % à 24 heures. Mais leurs courbatures n’ont pas diminué (Barker et al., 2013). Ce sont de petits effectifs, donc à confirmer.

Côté immunité, une étude a suivi 225 sportifs d’endurance pendant 16 semaines d’hiver. Ceux qui démarraient sous 30 nmol/L avaient plus souvent des symptômes d’infection respiratoire que ceux au-dessus de 120 nmol/L. Ils avaient aussi plus de jours avec des symptômes (He et al., 2013). Mais c’est une étude d’observation : elle ne dit rien de l’effet d’un complément.

Pour l’effet du complément, la meilleure donnée vient d’une grosse méta-analyse. Ses auteurs ont repris les données de 25 essais personne par personne, soit 11 321 participants de 0 à 95 ans. Sur l’ensemble, la vitamine D réduit le risque d’infection respiratoire aiguë, avec un rapport de cotes de 0,88. Ce chiffre compare les chances d’être malade avec et sans vitamine D. Sous 1, il y a moins d’infections, et plus on descend, plus la protection est forte. Mais le détail compte plus que la moyenne. Avec une prise par jour ou par semaine, on descend à 0,81. Chez ceux qui partaient sous 25 nmol/L, on tombe à 0,30, soit plus de trois fois moins de chances d’infection. Avec des doses massives espacées, on reste à 0,97, donc aucun effet (Martineau et al., 2017). Je te mets les chiffres juste en dessous.

Graphique des rapports de cotes d'infection respiratoire avec la vitamine D : 0,88 pour tous, 0,81 en prise quotidienne ou hebdomadaire, 0,97 en doses massives, 0,30 chez les plus carencés
Risque d’infection respiratoire aiguë par rapport au placebo. Plus le carré est à gauche de la ligne pointillée, plus la protection est forte. Les doses massives espacées, en gris, ne font pas mieux que le placebo. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Martineau et al., BMJ, 2017.

La mise à jour de 2021 a analysé 43 essais et 48 488 participants. Sur l’ensemble, elle trouve un effet plus faible (0,92). On retrouve une protection avec les prises quotidiennes (0,78) et avec les doses de 400 à 1 000 UI par jour (0,70). En revanche, pas de différence nette selon le taux de départ (Jolliffe et al., 2021). Et une infection de moins dans l’hiver, ce sont des séances en moins à sauter.

De la D3 tous les jours plutôt qu’une ampoule tous les trois mois

D’abord, la forme. La D2 (ergocalciférol) et la D3 (cholécalciférol, la forme que fabrique la peau) ne se valent pas. La D3 fait monter le taux sanguin plus efficacement, surtout en doses massives (Tripkovic et al., 2012). En prise quotidienne, la D2 fait monter le taux de 10,4 nmol/L de moins que la D3. C’est 40 % de hausse en moins (van den Heuvel et al., 2024).

Le rythme compte autant que la forme. En France, la vitamine D est souvent prescrite en ampoule à forte dose, une fois par mois ou par trimestre. Dans les essais, ce schéma déçoit. Un essai a porté sur 2 256 femmes de 70 ans et plus. Chaque automne ou hiver, elles prenaient 500 000 UI en une seule prise, pendant 3 à 5 ans. Par rapport au placebo, les chutes ont augmenté de 15 % et les fractures de 26 % (Sanders et al., 2010). Oui, tu as bien lu : plus de chutes et plus de fractures. Un autre essai a recruté 200 personnes de 70 ans et plus qui avaient déjà chuté. 60 000 UI par mois ont mieux fait monter le taux que 24 000 UI. Mais la fonction des jambes ne s’est pas améliorée. Et 66,9 % ont chuté dans l’année, contre 47,9 % avec 24 000 UI (Bischoff-Ferrari et al., 2016).

Chez les sportifs, on a un essai sur 46 athlètes professionnels européens. 70 000 UI par semaine pendant 12 semaines ont fait grimper le 24,25(OH)2D. C’est un dérivé qui sert à éliminer l’excès de vitamine D, et il est resté élevé après l’arrêt. Les auteurs préfèrent donc des doses plus faibles et plus fréquentes (Owens et al., 2017). Une revue de 2021 le résume dans son titre : « Bolus is bogus », en gros « la dose massive, c’est du vent ». Elle est cosignée par deux spécialistes reconnues du sujet, Heike Bischoff-Ferrari et Bess Dawson-Hughes. Selon cette revue, les doses massives manquent d’efficacité, voire nuisent. Les petites doses quotidiennes, elles, fonctionnent chez les carencés (Mazess et al., 2021).

Le seul contre-exemple, ce sont les 22 judokas dont je t’ai parlé plus haut. Il faut aussi dire que les essais défavorables portent sur des personnes âgées. Une ampoule prescrite pour corriger une vraie carence n’a rien de dangereux en soi. Mais pour un sportif qui veut un taux stable, une prise par jour fait mieux.

Le taux à viser, et l’intérêt d’un dosage en fin d’hiver

Il n’y a pas de consensus sur le bon taux. Pour l’Institute of Medicine américain, 20 ng/mL (50 nmol/L) suffisent pour les besoins des os de 97,5 % de la population. L’apport qui va avec est de 600 UI par jour jusqu’à 70 ans. Au-dessus de ce taux, l’institut ne voit pas de bénéfice régulier (Ross et al., 2011). Les méta-analyses sur sportifs placent plutôt le seuil de suffisance à 75 nmol/L, soit 30 ng/mL (Han et al., 2024).

Dans les essais cités ici, les bénéfices se concentrent sous 25 à 50 nmol/L. Au-dessus de 75 nmol/L, on ne voit plus de gain de force. Seul le petit essai de Barker sur la récupération fait exception. Chez Savolainen, monter à 142 nmol/L n’a pas fait mieux que rester carencé. À mon avis, il faut donc viser au moins 50 nmol/L, et si possible autour de 75. Par contre, je ne vois aucune raison, dans ces études, de chercher à dépasser 100 nmol/L.

Les autorités, elles, sont réservées sur le dosage, c’est-à-dire la prise de sang qui mesure ton taux. En 2013, la Haute Autorité de santé a passé en revue une longue liste de situations, dont la « performance fonctionnelle ». Dans aucune, elle n’a trouvé d’utilité démontrée au dosage. Elle le réserve à quelques cas médicaux, comme le rachitisme ou les chutes à répétition des personnes âgées (HAS, 2013). En 2024, la Société d’endocrinologie américaine déconseille elle aussi le dosage de routine. Elle ne fixe pas de taux cible. Avant 75 ans, elle déconseille de dépasser les apports de référence pour prévenir les maladies (Demay et al., 2024).

Mais ces recommandations portent sur la prévention des maladies, pas sur la performance. À mon avis, pour un sportif, un dosage unique en fin d’hiver reste utile. C’est le moment où le taux est au plus bas : en février chez les Royal Marines, de janvier à mars dans VARIETE. Et le résultat te dit si la supplémentation peut changer quelque chose pour toi.

Oui, une fois, en février ou mars, si tu veux savoir où tu en es : sous 50 nmol/L (20 ng/mL), tu fais partie des personnes chez qui les essais trouvent un effet. Ça concerne les infections, les fractures de stress et parfois la force des jambes. Au-dessus de 75 nmol/L (30 ng/mL), les essais ne montrent plus de gain de force.

La limite de sécurité, et pourquoi la K2 n’est pas obligatoire

Pour l’adulte, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixe la limite haute de sécurité à 100 µg par jour, soit 4 000 UI. Elle est partie de la dose qui fait apparaître un excès de calcium dans les urines : 250 µg, soit 10 000 UI par jour. Puis elle a gardé une marge de sécurité (EFSA, 2023). Et plus n’est pas mieux pour les os. Un essai de trois ans a comparé 400, 4 000 et 10 000 UI par jour chez 311 adultes de 55 à 70 ans. À 4 000 ou 10 000 UI, la densité osseuse du radius (un os de l’avant-bras) a baissé davantage qu’à 400 UI. La baisse était de 2,4 % et 3,5 %, contre 1,2 %. La résistance des os, elle, ne différait pas. Dans ces deux groupes, les taux sanguins atteignaient 132 et 144 nmol/L (Burt et al., 2019).

La K2 est souvent vendue avec la D3. L’idée, c’est qu’elle orienterait le calcium vers les os plutôt que vers les artères. Il n’existe qu’une méta-analyse d’essais qui associent vitamines K et D. Elle compte 8 essais et 971 personnes de 3 à 80 ans, dont six essais menés uniquement chez des femmes. Elle trouve une petite hausse de la densité osseuse par rapport aux groupes témoins (Kuang et al., 2020). Mais ces essais portaient sur l’os. Aux doses dont on parle ici, de 1 000 à 2 000 UI par jour, rien dans les études n’oblige à ajouter de la K2.

Mon conseil : de la D3 chaque jour, d’octobre à mars

Tu t’entraînes en salle, tu vis en France métropolitaine et tu sors peu en semaine d’octobre à mars. Dans ce cas, prends de la vitamine D3 une fois par jour, au repas, entre 1 000 et 2 000 UI. Fais-le de l’automne à la fin de l’hiver. C’est la forme, le rythme et la zone de dose qui ressortent des essais.

Fais un dosage en février ou mars si ta peau est foncée ou si tu as déjà eu une fracture de stress. Même chose si tu prépares un bloc de course et de sauts en plein hiver. Sous 50 nmol/L, tiens 2 000 UI par jour tout l’hiver et refais le point l’année suivante. Sous 25 nmol/L, montre le résultat à ton médecin : c’est lui qui fixera la dose de correction. Si tu es au-dessus de 75 nmol/L en hiver, ou si tu passes beaucoup de temps dehors, c’est différent. N’attends alors rien de la vitamine D sur ta force, ton muscle ou ta testostérone. Et ne dépasse pas 4 000 UI par jour sans suivi.

Si tu veux en acheter, tu peux avoir une réduction sur la vitamine D3 Nutriforce avec le code MUSCUNUTRITION. C’est de la D3 dosée à 2 000 UI par gélule, à prendre une fois par jour. Ça correspond à la forme et au rythme que les essais favorisent.

J’ai aussi analysé les études sur d’autres vitamines, comme la vitamine B1 et la vitamine B3 et son flush (les rougeurs qu’elle peut donner). Et si c’est ta testostérone qui t’inquiète, regarde aussi du côté de l’assiette, avec l’article sur les régimes carnivore et cétogène.

Sources

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