Citrulline malate : trois répétitions de plus, et ce que valent les autres promesses

Par , publié le .

La citrulline malate se vend sur trois promesses : plus de répétitions, moins de courbatures et une congestion plus forte. Sur les répétitions, les études trouvent un vrai effet, mais petit : environ trois répétitions de plus sur une séance d’une cinquantaine. Et une bonne partie de cet effet repose sur un seul essai espagnol, publié en 2010. Pour les courbatures, les résultats se contredisent d’un essai à l’autre, et la congestion n’a presque jamais été mesurée. J’ai repris les essais un par un, avec leurs chiffres. Le but est de savoir dans quel cas la poudre vaut le coup, sous quelle forme et à quelle dose.

Deux mains qui serrent une barre de musculation moletée, vues de près

D’un médicament contre la fatigue au shaker d’avant séance

La citrulline est un acide aminé que ton corps fabrique lui-même et qui lui sert surtout à produire l’arginine. La citrulline malate l’associe à l’acide malique, un maillon du cycle de Krebs (une chaîne de réactions qui produit l’énergie dans tes cellules). Avant les pots de pré-entraînement, c’était un médicament contre la fatigue, le Stimol, vendu en sachets de 1 g (Faria et Egan, 2024). L’essai qui l’a fait connaître en musculation a d’ailleurs utilisé huit de ces sachets pour obtenir ses 8 g.

Le premier travail souvent cité chez l’humain vient de Marseille. En 2002, Bendahan et ses collègues ont suivi dix-huit hommes qui se plaignaient de fatigue, sans maladie identifiée. Après 15 jours à 6 g par jour, la production d’énergie aérobie d’un muscle de leur avant-bras avait augmenté de 34 % pendant l’effort. L’énergie aérobie, c’est celle que le muscle fabrique avec de l’oxygène. Mais il n’y avait pas de groupe placebo, et il s’agissait de personnes fatiguées, pas de sportifs.

Trois mécanismes sont avancés : la citrulline fait monter l’arginine, donc l’oxyde nitrique, une molécule qui dilate les vaisseaux. Elle aiderait aussi à éliminer l’ammoniac, un déchet produit pendant les efforts intenses, et le malate alimenterait le cycle de Krebs. Sauf que la revue critique de Gough et al. (2021) rappelle que la piste de l’ammoniac n’a été vérifiée que chez la souris. Celle du malate ne l’a jamais été pendant un exercice chez l’humain. Le corps a deux voies pour produire l’oxyde nitrique. Je les explique dans l’article sur les bienfaits et les dangers de l’oxyde nitrique pour l’endurance et la congestion.

Pourquoi la citrulline fait monter l’arginine mieux que l’arginine elle-même

Quand tu avales de l’arginine telle quelle, une grande partie est dégradée avant d’arriver dans le sang. Le responsable est une enzyme, l’arginase, présente dans la paroi de l’intestin et dans le foie. La citrulline, elle, échappe à ce premier passage, puis elle est transformée en arginine ailleurs dans le corps, surtout par le rein.

L’essai de référence est celui de Schwedhelm et al. (2008), chez vingt volontaires en bonne santé de 57 ans en moyenne. Ils ont testé six schémas d’une semaine : un placebo, trois doses de citrulline et deux formes d’arginine. C’était en double aveugle, c’est-à-dire que ni les participants ni les chercheurs ne savaient qui prenait quoi. Avec 1,5 g de citrulline par jour, l’arginine du sang montait autant qu’avec 3 g d’arginine. Avec 6 g de citrulline, la quantité d’arginine passée dans le sang en 24 heures était trois fois plus élevée qu’avec l’arginine. C’est aussi la seule dose qui a fait monter le nitrate dans les urines, de 92 à 125 µmol par mmol de créatinine. Ce nitrate est un témoin de la production d’oxyde nitrique. Voilà ce que ça donne :

Graphique en barres de l'arginine sanguine sur 24 heures selon cinq schémas : 283 et 289 avec 3 g d'arginine par jour, 271, 421 et 898 avec 1,5, 3 et 6 g de citrulline par jour
L’arginine dans le sang sur 24 heures, après une semaine : 1,5 g de citrulline (première barre rouge) font autant que 3 g d’arginine (barres grises). Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Schwedhelm et al., British Journal of Clinical Pharmacology, 2008.

Il y a quand même une grosse nuance : aucun des six traitements n’a amélioré la dilatation de l’artère du bras, mesurée à l’échographie. Plus d’arginine dans le sang ne veut donc pas dire des vaisseaux plus ouverts.

Chez dix hommes, Bailey et al. (2015) ont comparé pendant sept jours 6 g par jour de citrulline, 6 g d’arginine et un placebo. Les deux acides aminés ont fait monter l’arginine dans le sang, mais seule la citrulline a fait baisser la pression artérielle moyenne. Elle a aussi allongé un effort à vélo à très haute intensité, de 589 à 661 secondes, ce qui n’est pas mal du tout. L’arginine, elle, n’a rien changé.

Dans l’étude Citrudose, Moinard et al. (2008) ont donné de 2 à 15 g de citrulline à huit hommes. Le pic d’arginine passait de 146 à 303 µmol/L. Aux plus fortes doses, il montait toutefois moins que prévu, sans doute parce que le rein, qui fait la conversion, sature. Aucun effet indésirable n’a été noté, même à 15 g. Pour l’arginine prise avant la séance, j’ai détaillé les études dans l’article sur l’acide aminé arginine.

Le développé couché de Pérez-Guisado, l’essai qui a lancé la mode

On arrive à l’étude qui a fait de la citrulline malate un classique des salles : celle de Pérez-Guisado et Jakeman (2010). Quarante et un hommes entraînés, de 30 ans en moyenne, ont fait deux fois la même séance de pectoraux. Ils l’ont faite une heure après avoir pris 8 g de citrulline malate ou un placebo, en double aveugle. La séance comptait 16 séries jusqu’à l’échec, avec une minute de repos. D’abord quatre séries de développé couché à 80 % du 1RM, la charge maximale que tu peux soulever une fois. Puis du développé incliné, des écartés, et de nouveau quatre séries de développé couché. Je te mets les répétitions série par série juste en dessous.

Graphique en barres des répétitions au développé couché sur huit séries, placebo en gris et citrulline malate en rouge, l'écart passant de 1 % à la première série à 53 % à la dernière
Les répétitions jusqu’à l’échec, série par série : pas d’écart au début, puis il grandit avec la fatigue. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Pérez-Guisado et Jakeman, Journal of Strength and Conditioning Research, 2010.

Sur les deux premières séries, rien ne bouge, puis l’écart apparaît à la troisième et grandit avec la fatigue. À la quatrième série, la citrulline donne 18 % de répétitions en plus. À la toute dernière, c’est 53 % de plus : 5,5 répétitions contre 3,6. Les courbatures, que les participants notaient de 1 à 5, étaient aussi 40 % plus faibles à 24 et 48 heures.

Honnêtement, cet essai a des limites nettes, à commencer par le lieu : six salles d’Andalousie, pas un laboratoire. Les courbatures étaient notées sur une échelle maison. Et sur la dernière série, 100 % des participants ont fait plus de répétitions avec la citrulline. Un résultat aussi uniforme est très rare dans ce type d’essai, et ça m’incite à prendre ce +53 % avec prudence. Enfin, six participants sur 41 (15 %) ont signalé une gêne à l’estomac.

Trois autres essais vont dans le même sens, toujours avec 8 g une heure avant des séries jusqu’à l’échec. Le premier porte sur douze hommes très entraînés, aux exercices de jambes (Wax et al., 2015). Le deuxième sur quatorze hommes, aux tractions et aux pompes (Wax et al., 2016). Le troisième sur quinze femmes entraînées, à la presse et au développé couché, avec en plus un effort ressenti plus faible (Glenn et al., 2017). Tu trouveras leurs chiffres dans le tableau un peu plus bas.

Depuis 2018, la plupart des essais ne retrouvent pas l’effet

Là, ça se complique. Gonzalez et al. (2018) ne trouvent aucun gain au développé couché chez douze hommes, avec une prise 40 minutes avant. Chappell et al. (2018) comptent même un peu moins de répétitions avec la citrulline malate, sur 10 séries de 10 extensions de jambe. La même équipe ne trouve rien non plus sur 10 séries de curl, chez dix-neuf participants (Chappell et al., 2020). Même chose pour Farney et al. (2019), sur un circuit de squats et de sauts.

Chez 27 hommes, Trexler et al. (2019) ne voient changer ni la force, ni le travail total, ni le débit sanguin de la cuisse. Selon moi, l’essai le plus instructif est celui de Haugen et al. (2023), chez 35 pratiquants entraînés. Prise seule, la citrulline malate (12 g) donne 1,9 répétition de plus au squat et 1,2 au développé couché. Des écarts aussi petits peuvent venir du hasard : les chercheurs disent qu’ils ne sont pas significatifs. Dans le même essai, la caféine (5 mg par kilo de poids) a fait 18,7 % de répétitions en plus au squat et 9,5 % au développé couché. Et ajouter la citrulline malate à la caféine n’a rien apporté.

Chez 43 jeunes adultes entraînés, Martín-Olmedo et al. (2025) n’ont vu aucun effet de 5,3 g de citrulline, avec ou sans malate. Rien sur les répétitions, ni sur la vitesse de la barre, ni sur l’effort ressenti. Et avec 8 g de L-citrulline, Gonzalez et al. (2023) comptent 36,9 répétitions au développé couché contre 36,7 sous placebo, autant dire la même chose. Voici tous ces essais côte à côte (CM veut dire citrulline malate) :

ÉtudeParticipantsDose et momentExerciceRésultat
Pérez-Guisado 201041 hommes entraînés8 g de CM, 60 min avantDéveloppé couché à 80 %, séance de 16 séries+53 % de répétitions à la dernière série
Wax 201512 hommes très entraînés8 g de CM, 60 min avantPresse, hack squat, leg extension à 60 %Plus de répétitions sur les trois exercices
Wax 201614 hommes entraînés8 g de CM, 60 min avantTractions et pompes, 3 sériesTractions 32,2 contre 28,4 ; pompes 97,7 contre 89,1
Glenn 201715 femmes entraînées8 g de CM, 60 min avant6 séries à 80 % au développé couché et à la pressePresse 66,7 contre 55,1 ; développé 34,1 contre 32,9
Gonzalez 201812 hommes8 g de CM, 40 min avant5 × 15 au développé couché à 75 %Aucun gain
Chappell 201815 hommes et femmes8 g de CM (en réalité 1,11:1), 60 min avant10 × 10 extensions isocinétiques90,9 répétitions contre 94,0 sous placebo
Trexler 201927 hommes8 g de CM, 2 h avant5 × 30 extensions maximalesAucun gain, débit sanguin inchangé
Haugen 202335 hommes et femmes12 g de CM, 60 min avantRépétitions à 60 % au squat et au développé couché+1,9 et +1,2 répétition, non significatif
Martín-Olmedo 202543 hommes et femmes5,3 g de citrulline, avec ou sans malate, 45 min avantSquat et développé couchéAucun gain, avec ou sans malate

Les essais positifs ont un point commun : des séries répétées jusqu’à l’échec, avec des repos courts, et une prise une heure avant. Les négatifs utilisent plus souvent des machines isocinétiques, qui imposent une vitesse constante, ou une prise à 40 minutes ou à deux heures. C’est cohérent, mais c’est une lecture faite après coup.

Additionnées, les études donnent un petit effet sur l’endurance musculaire et rien sur la force

Pour y voir plus clair, il faut regarder les méta-analyses, ces travaux qui additionnent les résultats de plusieurs essais. La première, celle de Trexler et al. (2019), réunit 12 études et 198 participants. L’effet global est petit, et aucune étude prise seule n’était significative. Les auteurs notent quand même qu’un si petit écart peut compter chez des athlètes qui se départagent à peu de chose.

Vårvik et al. (2021) ont isolé la question qui intéresse les pratiquants : le nombre de répétitions jusqu’à l’échec. Sur 8 études et 137 participants, 6 à 8 g de citrulline malate pris 40 à 60 minutes avant ajoutent 3 répétitions en moyenne. Sur une séance qui en comptait environ 51, ça fait 6,4 % de plus. C’est un peu plus pour le bas du corps (+8,1 %) que pour le haut (+5,7 %), où l’écart n’est même pas significatif. Sur la force maximale, Aguiar et Casonatto (2022) ne trouvent rien.

La méta-analyse la plus complète est aussi la plus récente : Wang et al. (2026) ont rassemblé 30 essais, 644 participants et 138 mesures de performance. Toutes performances confondues, l’effet est petit mais significatif. Si on sépare l’endurance musculaire de la force et de la puissance, aucun des deux effets n’est démontré. Deux détails comptent plus que cette moyenne. D’abord, sans l’essai de Pérez-Guisado, l’effet d’une prise unique n’est plus significatif. Ensuite, les auteurs relèvent des signes de biais de publication : les essais positifs ont plus de chances d’être publiés, ce qui peut gonfler la moyenne. Ils jugent aussi le niveau de preuve faible à très faible.

Forest plot de 138 tailles d'effet de la citrulline malate, la plupart des intervalles coupant la ligne verticale du zéro, avec un effet global de 0,16
Les 138 résultats réunis par Wang et al. La plupart des traits verts coupent la ligne pointillée du zéro, ce qui veut dire pas d’effet net. L’effet global (losange rouge en bas) vaut 0,16, un petit effet. Wang et al., Nutrients, 2026, figure 2 (partie haute, recadrée), licence CC BY 4.0.
Méta-analyseEssais et participantsCritèreRésultat
Trexler 201912 études, 198 participantsForce et puissance en séries ou sprints courts0,20 (0,01 à 0,39), petit effet
Vårvik 20218 études, 137 participantsRépétitions jusqu’à l’échec+3 répétitions (+6,4 %), effet 0,196
Aguiar 20224 études, pratiquants entraînésForce maximale0,13 (−0,21 à 0,46), pas d’effet
Wang 202630 essais, 644 participantsToutes performances0,16 ; prise unique à 0,10, non significatif, sans Pérez-Guisado

Oui, mais peu : prise une heure avant, la citrulline malate ajoute en moyenne 3 répétitions. Le calcul porte sur une séance d’une cinquantaine de répétitions jusqu’à l’échec, dans 8 essais contre placebo. Par contre, elle ne fait pas soulever plus lourd sur une répétition maximale.

C’est le même registre que la bêta-alanine sur les séries longues. Avec une différence : la citrulline agit le jour même, alors que la bêta-alanine demande des semaines de charge avant de servir.

Courbatures : le chiffre de 40 % ne s’est pas confirmé

Les 40 % de courbatures en moins de Pérez-Guisado sont le deuxième argument de vente de la citrulline malate. La méta-analyse de Rhim et al. (2020) a réuni 13 études et 206 participants. Elle trouve bien une baisse des courbatures 24 heures après la séance, mais tout juste significative, d’après les 7 études qui l’avaient mesurée. À 48 heures, il n’y a plus d’effet, ni à 72 heures. L’effort ressenti était un peu plus bas, et le lactate sanguin, produit pendant les efforts intenses, ne changeait pas.

Quand on prend les essais un par un, ils tirent dans tous les sens. Dans l’essai de Chappell de 2018, les courbatures étaient plus fortes avec la citrulline malate qu’avec le placebo, et ce pendant les 72 heures suivantes. Dans celui de 2020, sur des curls, elles étaient plus faibles. Chez neuf débutants, da Silva et al. (2017) ont testé 6 g avant une séance de jambes. Sur trois jours, ils ne voient aucune différence de courbatures, de répétitions ou de créatine kinase. Cette enzyme passe dans le sang quand le muscle est abîmé. À l’inverse, des coureurs amateurs ont bu un jus de pastèque enrichi en citrulline (3,45 g) deux heures avant un semi-marathon. Ce jus a réduit leurs courbatures de 24 à 72 heures (Martínez-Sánchez et al., 2017).

Courbe des courbatures des cuisses de l'avant séance à 72 heures, la courbe en pointillés de la citrulline malate restant au-dessus de celle du placebo
Les courbatures des cuisses jusqu’à 72 heures après 10 séries de 10 extensions de jambe : la courbe en pointillés (citrulline malate) reste au-dessus de celle du placebo. Chappell et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2018, figure 3, licence CC BY 4.0.

Pas de façon fiable : d’après une méta-analyse de 13 études, la citrulline réduit un peu les courbatures le lendemain, plus du tout à 48 heures. Et deux essais du même laboratoire donnent des résultats opposés. Ce n’est pas un produit à prendre pour récupérer.

La congestion, promise sur les pots, presque jamais mesurée

Sur le papier, c’est simple : plus d’arginine donne plus d’oxyde nitrique, donc des vaisseaux plus dilatés et plus de sang dans le muscle qui travaille. Mais les quelques essais qui l’ont mesuré ne le retrouvent pas pendant la séance. Dans l’essai de Gonzalez de 2018, l’épaisseur du triceps augmentait autant avec la citrulline malate qu’avec le placebo. Dans celui de 2023, ni l’oxygénation du muscle ni la congestion ressentie ne changeaient. Trexler et al. ont suivi à l’échographie l’artère et le muscle de la cuisse : rien n’a bougé. Et les métabolites de l’oxyde nitrique, les traces qu’il laisse dans le sang, n’étaient pas plus élevés qu’avec le placebo.

Le seul signal sur les vaisseaux vient d’un test fait au repos. Chez quinze hommes, Le Roux-Mallouf et al. (2019) ont mesuré l’afflux de sang dans la cuisse après avoir retiré un garrot. Il était plus fort qu’avec le placebo quand les participants avaient bu du jus de betterave, seul ou avec 6 g de citrulline. Mais l’effort qui a suivi, des contractions répétées jusqu’à l’épuisement, n’en a pas profité. Ni l’oxygénation du muscle ni le nombre de contractions n’ont bougé : 74,6 avec betterave et citrulline, 71,8 sous placebo. La revue de Gonzalez et Trexler (2020) le résume bien : les preuves que la citrulline irrigue mieux le muscle sont rares et incohérentes. Si tu veux comparer avec l’arginine et les nitrates étude par étude, le tableau complet est dans l’article sur l’oxyde nitrique en musculation.

2:1, 1:1 ou citrulline pure : seule compte la quantité de citrulline

Le rapport affiché sur le pot te dit combien de citrulline contient la poudre. En 2:1, il y a deux parts de citrulline pour une part de malate, donc 8 g de citrulline malate apportent 5,3 g de citrulline. En 1:1, ils n’en apportent que 4 g. Chappell et ses collègues ont fait analyser le produit de leur essai et quatre autres citrullines malates vendues au Royaume-Uni, toutes annoncées en 2:1. Un seul approchait vraiment ce rapport (1,92:1), et celui de l’essai était à 1,11:1. Les participants avaient donc reçu 4,2 g de citrulline au lieu des 5,3 g prévus.

Graphique en barres de la citrulline réellement mesurée dans 8 g de cinq produits annoncés en 2:1, de 5,26 g à 4,21 g, sous la ligne des 5,33 g attendus
La citrulline mesurée dans 8 g de cinq produits vendus comme « 2:1 » : aucun n’atteint les 5,33 g attendus. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Chappell et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2018.

Le malate sert surtout à la fabrication : il forme avec la citrulline un sel stable. Il neutralise aussi son côté basique (l’inverse d’acide), ce qui la rend plus facile à boire (Wang et al., 2026). Deux essais ont comparé les deux formes à quantité de citrulline égale. Celui de Martín-Olmedo ne trouve d’effet ni pour l’une ni pour l’autre. Celui de Bayat et al. (2025) a suivi 33 hommes entraînés pendant six semaines de musculation. Une heure avant chaque séance, ils prenaient 8 g de L-citrulline, 12 g de citrulline malate ou un placebo. D’après l’analyse du lot, les 12 g de citrulline malate contenaient 8,4 g de citrulline. Avec les deux formes, l’endurance du haut du corps a progressé d’environ deux répétitions de plus qu’avec le placebo, au développé couché. Il n’y avait pas de différence entre les deux formes, ni d’effet sur la force maximale.

Non, le malate n’a rien prouvé : à quantité de citrulline égale, les deux essais qui ont comparé L-citrulline et citrulline malate trouvent le même résultat. Sur l’étiquette, regarde la quantité de citrulline par dose, pas le poids de poudre.

8 g une heure avant : d’où viennent la dose et le moment

Les 8 g sont devenus la norme pour une raison simple : c’est la dose de Pérez-Guisado. Dans la méta-analyse de Wang, c’est aussi la seule dose associée à un effet. Les 12 g ne font pas mieux, leur effet n’est même pas significatif, et on ne voit aucun lien entre la dose et l’effet. Côté timing, les prises une heure avant donnent un petit effet, celles à 40-45 minutes ou à deux heures un effet proche de zéro. L’écart entre ces groupes n’est pas significatif, mais il colle avec l’essai de Schwedhelm. La citrulline y atteignait son pic dans le sang 40 à 50 minutes après la prise, et l’arginine entre 1,4 et 2,3 heures après.

Une prise tous les jours n’a pas montré d’avantage clair sur une prise juste avant la séance. C’est ce qui ressort chez Wang, malgré l’essai positif de Bayat. Et l’alimentation ne suffit pas : il faudrait 3 à 5 kg de pastèque fraîche pour atteindre 10 g de citrulline (Gough et al., 2021).

Une tranche ronde de pastèque rouge posée sur un plan de travail sombre, vue du dessus

Côté forme, 26 des 30 essais de la méta-analyse de Wang ont donné la citrulline malate dans une boisson. Le seul essai en gélules (4,4 g) n’a rien trouvé. Les comprimés ont marché dans l’essai de Faria et Egan, mais il fallait en avaler huit par jour. Une poudre diluée dans un verre d’eau reproduit donc le mieux les essais, et elle permet d’atteindre 8 g en une prise. Si tu veux en acheter, tu peux avoir une réduction sur la citrulline malate Nutriforce avec le code MUSCUNUTRITION. C’est une poudre sans arôme artificiel, et la fiche annonce 6 g de citrulline par cuillère. Ça tombe dans la fourchette des essais, qui donnaient de 4 à 8 g de citrulline selon les études.

Endurance et sports collectifs : un bilan global nul, quelques signaux isolés

Sur les efforts d’endurance, les méta-analyses sont négatives. Viribay et al. (2022) ne trouvent aucun effet sur 10 études. Harnden et al. (2023) trouvent un effet quasi nul sur le temps tenu jusqu’à l’épuisement (9 études, 158 participants). Et d’Unienville et al. (2021) ne voient rien non plus pour les aliments riches en citrulline.

Certains essais vont même dans le mauvais sens. Chez dix-sept jeunes adultes, 9 g de L-citrulline pris en 24 heures ont légèrement raccourci un test sur tapis (888 contre 895 secondes). L’effort leur paraissait aussi plus dur (Hickner et al., 2006). Chez dix cyclistes entraînés, 12 g de citrulline malate n’ont amélioré ni des sprints répétés ni le temps tenu jusqu’à l’épuisement (Cunniffe et al., 2016). Côté positif, un essai a testé 2,4 g de L-citrulline par jour pendant une semaine, chez 22 hommes entraînés. Ils ont gagné 1,5 % sur un contre-la-montre de 4 km (Suzuki et al., 2016). Mais l’étude a été financée par un fabricant de citrulline, qui employait trois des quatre auteurs.

Pour les sports collectifs, les données sont minces. Faria et Egan (2024) ont suivi treize joueurs universitaires de rugby, de football et de hockey. Pendant trois jours, ils ont pris 8 g de citrulline malate par jour. Sur dix sprints de 40 m, ils perdaient moins de vitesse (4,7 % contre 6,1 %), mais leur temps moyen n’a pas changé. Chez dix-huit footballeurs d’élite, 3 ou 6 g n’ont rien changé, avec seulement six joueurs par groupe (Bezuglov et al., 2022). Chez dix-sept joueuses de tennis de 51 ans en moyenne, 8 g ont amélioré la force de préhension (la force de serrage de la main). Le pic de puissance au Wingate, un test de sprint sur vélo, a aussi progressé (Glenn et al., 2016).

L’estomac tolère mieux la citrulline que l’arginine

À forte dose, l’arginine donne facilement la diarrhée. D’après la revue de Grimble (2007), le seuil se situe autour de 9 g en une prise chez l’adulte. Les sportifs en bonne santé y sont plus sensibles que les patients diabétiques, et les troubles disparaissent quand on fractionne la dose. La citrulline passe mieux : l’intestin l’absorbe par plusieurs transporteurs, des portes d’entrée, alors que ceux de l’arginine saturent vite (Gough et al., 2021). Moinard n’a relevé aucun effet indésirable jusqu’à 15 g. Cunniffe n’a vu aucun trouble digestif à 12 g de citrulline malate, et Chappell aucun effet secondaire à 8 g. Pérez-Guisado reste l’exception, avec 15 % de gêne à l’estomac.

Si tu suis un traitement contre l’hypertension, parles-en à ton médecin avant d’en prendre régulièrement. Dans l’essai de Bailey, une semaine de citrulline a suffi à faire baisser la pression artérielle moyenne.

Associer citrulline et betterave n’a rien prouvé en musculation

La betterave apporte du nitrate, qui produit de l’oxyde nitrique par une autre voie que la citrulline. Sur le papier, les deux se complètent. Prenons l’essai de Trexler. Au repos, les métabolites de l’oxyde nitrique étaient quinze fois plus élevés avec la betterave qu’avec la citrulline malate (233,2 contre 15,3 µmol/L). Pourtant, ni l’une ni l’autre n’a amélioré la performance ou le débit sanguin de la cuisse. Chez Le Roux-Mallouf, ajouter 6 g de citrulline à la betterave n’a rien changé au nombre de contractions.

Les signaux positifs viennent de l’endurance, sur de petits groupes. Chez vingt rameurs d’élite, une semaine de betterave (500 mg de nitrate) plus 6 g de citrulline a amélioré deux choses lors d’un test d’effort. Le lactate s’éliminait mieux et le pic de puissance était plus haut. Par contre, la VO2max, la quantité maximale d’oxygène que ton corps peut utiliser, n’a pas bougé (Viribay et al., 2024). Chez 32 triathlètes, avec huit personnes par groupe, les chercheurs ont testé neuf semaines de citrulline (3 g par jour) plus betterave. Le mélange a plus amélioré la VO2max estimée que chacun des deux seul (Burgos et al., 2021). Chez 34 footballeuses professionnelles, quatre semaines de nitrate et de 8 g de citrulline malate ont augmenté la vitesse maximale. Le mélange a aussi limité la perte de puissance le lendemain des matchs. Mais aucun groupe ne recevait un seul des deux produits, donc impossible de savoir lequel a joué (Ramírez-Munera et al., 2025).

Il y a aussi une question de timing. La betterave se prend deux à trois heures avant l’effort, la citrulline une heure avant dans les essais positifs. Si ton objectif est l’endurance, je pense que la betterave seule a un meilleur dossier, à condition d’être bien dosée et prise assez tôt. Dans la méta-analyse de d’Unienville, les aliments riches en nitrate donnaient un petit effet, et ceux riches en citrulline aucun. Je détaille le timing et les doses de nitrate dans l’article sur l’oxyde nitrique. En musculation, aucune étude ne montre que le mélange fait gagner des répétitions.

Pour qui je la garde, et à quelle dose

À mon avis, la citrulline malate a sa place dans un cas précis : les séances de volume. Je parle de plusieurs séries menées jusqu’à l’échec ou tout près, avec des repos d’une à deux minutes. C’est le cadre de tous les essais positifs en musculation. Pour une séance de force à 1 à 5 répétitions, pour l’endurance ou pour récupérer plus vite, je ne la conseille pas. Dans ces cas-là, les méta-analyses ne montrent rien.

La dose qui correspond aux études, c’est 8 g de citrulline malate 2:1 (environ 5 g de citrulline) ou 5 à 8 g de L-citrulline. Mélange-la dans un grand verre d’eau et bois-la 60 minutes avant le premier exercice. Si tu prends déjà de la caféine avant ta séance, garde une chose en tête. Elle a fait plus que la citrulline malate dans le seul essai qui les a comparées. Pour savoir si la citrulline change quelque chose chez toi, fais un test simple. Compare tes répétitions sur un même exercice, à charge égale, sur quatre séances avec et quatre sans.

Si ce qui te limite, c’est plutôt la récupération entre les séances, lis l’article sur les antioxydants et la récupération en musculation. Il montre pourquoi les fortes doses peuvent freiner ta progression. Et si tu cherches un autre complément d’avant séance, j’ai repris les études sur l’acétyl-L-carnitine et la performance physique.

Sources

  1. Faria VS, Egan B (2024). Effects of 3 days of citrulline malate supplementation on short-duration repeated sprint running performance in male team sport athletes. European Journal of Sport Science.
  2. Bendahan D et al. (2002). Citrulline/malate promotes aerobic energy production in human exercising muscle. British Journal of Sports Medicine.
  3. Gough LA et al. (2021). A critical review of citrulline malate supplementation and exercise performance. European Journal of Applied Physiology.
  4. Schwedhelm E et al. (2008). Pharmacokinetic and pharmacodynamic properties of oral L-citrulline and L-arginine: impact on nitric oxide metabolism. British Journal of Clinical Pharmacology.
  5. Bailey SJ et al. (2015). L-Citrulline supplementation improves O2 uptake kinetics and high-intensity exercise performance in humans. Journal of Applied Physiology.
  6. Moinard C et al. (2008). Dose-ranging effects of citrulline administration on plasma amino acids and hormonal patterns in healthy subjects: the Citrudose pharmacokinetic study. British Journal of Nutrition.
  7. Pérez-Guisado J, Jakeman PM (2010). Citrulline malate enhances athletic anaerobic performance and relieves muscle soreness. Journal of Strength and Conditioning Research.
  8. Wax B et al. (2015). Effects of supplemental citrulline malate ingestion during repeated bouts of lower-body exercise in advanced weightlifters. Journal of Strength and Conditioning Research.
  9. Wax B et al. (2016). Effects of supplemental citrulline-malate ingestion on blood lactate, cardiovascular dynamics, and resistance exercise performance in trained males. Journal of Dietary Supplements.
  10. Glenn JM et al. (2017). Acute citrulline malate supplementation improves upper- and lower-body submaximal weightlifting exercise performance in resistance-trained females. European Journal of Nutrition.
  11. Gonzalez AM et al. (2018). Acute effect of citrulline malate supplementation on upper-body resistance exercise performance in recreationally resistance-trained men. Journal of Strength and Conditioning Research.
  12. Chappell AJ et al. (2018). Citrulline malate supplementation does not improve German Volume Training performance or reduce muscle soreness in moderately trained males and females. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  13. Chappell AJ et al. (2020). Citrulline malate fails to improve German Volume Training performance in healthy young men and women. Journal of Dietary Supplements.
  14. Farney TM et al. (2019). The effect of citrulline malate supplementation on muscle fatigue among healthy participants. Journal of Strength and Conditioning Research.
  15. Trexler ET et al. (2019). Effects of citrulline malate and beetroot juice supplementation on blood flow, energy metabolism, and performance during maximum effort leg extension exercise. Journal of Strength and Conditioning Research.
  16. Haugen ME et al. (2023). Effect of isolated and combined ingestion of caffeine and citrulline malate on resistance exercise and jumping performance: a randomized double-blind placebo-controlled crossover study. European Journal of Nutrition.
  17. Martín-Olmedo JJ et al. (2025). Malate or not? Acute effects of L-citrulline versus citrulline malate on neuromuscular performance in young, trained adults. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism.
  18. Gonzalez AM et al. (2023). Acute effect of L-citrulline supplementation on resistance exercise performance and muscle oxygenation in recreationally resistance trained men and women. Journal of Functional Morphology and Kinesiology.
  19. Trexler ET et al. (2019). Acute effects of citrulline supplementation on high-intensity strength and power performance: a systematic review and meta-analysis. Sports Medicine.
  20. Vårvik FT et al. (2021). Acute effect of citrulline malate on repetition performance during strength training: a systematic review and meta-analysis. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism.
  21. Aguiar AF, Casonatto J (2022). Effects of citrulline malate supplementation on muscle strength in resistance-trained adults: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Dietary Supplements.
  22. Wang X et al. (2026). Effects of citrulline malate supplementation on exercise performance: a systematic review and three-level meta-analysis. Nutrients.
  23. Rhim HC et al. (2020). Effect of citrulline on post-exercise rating of perceived exertion, muscle soreness, and blood lactate levels: a systematic review and meta-analysis. Journal of Sport and Health Science.
  24. da Silva DK et al. (2017). Citrulline malate does not improve muscle recovery after resistance exercise in untrained young adult men. Nutrients.
  25. Martínez-Sánchez A et al. (2017). Biochemical, physiological, and performance response of a functional watermelon juice enriched in L-citrulline during a half-marathon race. Food & Nutrition Research.
  26. Le Roux-Mallouf T et al. (2019). Effects of acute nitric oxide precursor intake on peripheral and central fatigue during knee extensions in healthy men. Experimental Physiology.
  27. Gonzalez AM, Trexler ET (2020). Effects of citrulline supplementation on exercise performance in humans: a review of the current literature. Journal of Strength and Conditioning Research.
  28. Bayat D et al. (2025). Changes in resistance training performance, rating of perceived exertion, and blood biomarkers after six weeks of supplementation with L-citrulline vs. L-citrulline DL-malate in resistance-trained men. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  29. Viribay A et al. (2022). Effects of citrulline supplementation on different aerobic exercise performance outcomes: a systematic review and meta-analysis. Nutrients.
  30. Harnden CS et al. (2023). Effects of citrulline on endurance performance in young healthy adults: a systematic review and meta-analysis. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  31. d’Unienville NMA et al. (2021). Effect of food sources of nitrate, polyphenols, L-arginine and L-citrulline on endurance exercise performance: a systematic review and meta-analysis of randomised controlled trials. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  32. Hickner RC et al. (2006). L-citrulline reduces time to exhaustion and insulin response to a graded exercise test. Medicine and Science in Sports and Exercise.
  33. Cunniffe B et al. (2016). Acute citrulline-malate supplementation and high-intensity cycling performance. Journal of Strength and Conditioning Research.
  34. Suzuki T et al. (2016). Oral L-citrulline supplementation enhances cycling time trial performance in healthy trained men: double-blind randomized placebo-controlled 2-way crossover study. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  35. Bezuglov E et al. (2022). The effect of a single dose of citrulline on the physical performance of soccer-specific exercise in adult elite soccer players. Nutrients.
  36. Glenn JM et al. (2016). Acute citrulline-malate supplementation improves maximal strength and anaerobic power in female, masters athletes tennis players. European Journal of Sport Science.
  37. Grimble GK (2007). Adverse gastrointestinal effects of arginine and related amino acids. The Journal of Nutrition.
  38. Viribay A et al. (2024). Impact of a short-term nitrate and citrulline co-supplementation on sport performance in elite rowers: a randomized, double-blind, placebo-controlled crossover trial. European Journal of Applied Physiology.
  39. Burgos J et al. (2021). Combined effects of citrulline plus nitrate-rich beetroot extract co-supplementation on maximal and endurance-strength and aerobic power in trained male triathletes. Nutrients.
  40. Ramírez-Munera M et al. (2025). Impact of chronic nitrate and citrulline malate supplementation on performance and recovery in Spanish professional female soccer players: a randomized controlled trial. Nutrients.
Retour en haut