Créatine en musculation : force, eau, cheveux et reins, les peurs face aux données

Par , publié le .

La créatine fait partie des compléments les plus étudiés en musculation, et son effet sur la force ne se discute plus. À la salle, on débat encore du reste : charge, moment de la prise, eau, cheveux, reins, formes « améliorées ». J’ai repris les méta-analyses et les essais qui comptent, avec leurs limites. L’effet sur le muscle est réel, mais plus petit que ce que dit la balance. Et la plupart des peurs ne tiennent pas face aux données. Pour la mémoire et la fatigue mentale, tout est dans l’article sur la créatine et le cerveau.

Ce que fait la créatine dans ton muscle

Pour soulever une charge lourde, ton muscle a besoin d’ATP, la molécule qui fournit l’énergie de chaque contraction. Il n’en garde qu’une petite réserve. Pour en refaire très vite, il utilise la phosphocréatine, c’est-à-dire de la créatine accrochée à un phosphate. C’est ce système qui travaille pendant une série lourde.

Environ 95 % de la créatine du corps se trouve dans les muscles (Kreider et al., 2022). Ton corps en fabrique à partir de trois acides aminés : la glycine, l’arginine et la méthionine. Cette production couvre à peu près la moitié des besoins, le reste vient de la viande et du poisson. Une alimentation classique en apporte de 0 à 1,5 g par jour, pour des besoins estimés à 2 à 4 g.

Le complément remplit le réservoir au-delà de ce que permet l’assiette. Dans l’étude de Harris et ses collègues en 1992, 5 g de créatine correspondaient à 1,1 kg de steak cru. Chez 17 personnes, quatre à six prises de 5 g par jour ont fait monter la créatine de la cuisse en quelques jours. La hausse allait jusqu’à 50 % chez ceux qui partaient le plus bas.

Avec plus de phosphocréatine en stock, tu peux faire un peu plus de répétitions à la même charge. Sur des semaines, ce travail en plus finit par compter.

Deux pièces de bœuf cru persillé sur une planche en bois, avec des gousses d'ail, des grains de poivre et du thym

Combien de force en plus avec la créatine

On commence avec une revue ancienne mais parlante. En 2003, Rawson et Volek ont regroupé 22 études de musculation avec créatine ou placebo. Avec la créatine, la force maximale a progressé de 20 % en moyenne, contre 12 % avec le placebo. Le nombre de répétitions à une charge donnée a progressé de 26 %, contre 12 %. Mais les réponses variaient énormément d’une étude à l’autre.

La méta-analyse la plus récente chez les moins de 50 ans est celle de Wang et ses collègues en 2024. Elle regroupe 23 essais contre placebo et 509 participants, presque tous des hommes, et la plupart déjà entraînés. Les programmes duraient de 4 à 12 semaines. Avec la créatine, ils ont gagné 4,4 kg de plus sur les exercices du haut du corps, comme le développé couché. Aux jambes, l’écart montait à 11,4 kg. Voilà ce que ça donne pour le haut du corps :

Forest plot de 22 comparaisons du gain de force au haut du corps entre créatine et placebo, presque tous les points à droite du zéro, avec un effet global de 4,43 kg
Chaque point noir est une étude : l’écart de gain de force au haut du corps (en kg) entre créatine et placebo. Presque tous sont à droite du zéro, et le point rouge résume l’ensemble : 4,43 kg de plus. Wang et al., Nutrients, 2024, figure 2, licence CC BY 4.0.

Le niveau d’entraînement ne changeait pas le résultat. Ashtary-Larky et ses collègues ont creusé la question en 2025, sur 61 essais. Les pratiquants confirmés gagnaient même un peu plus de masse sans graisse que les débutants, 1,8 kg contre 1,2 kg. L’écart pouvait venir du hasard, mais rien ne dit que la créatine marche moins bien chez les confirmés. Précision honnête : plusieurs auteurs de ces méta-analyses conseillent des fabricants de créatine, mais des équipes sans lien déclaré trouvent la même chose.

Oui, avec la musculation, la créatine fait gagner plus de force : 4 kg de plus au haut du corps et 11 kg aux jambes, d’après 23 essais.

Muscle ou eau : ce que la balance ne dit pas

La première chose que tu remarques avec la créatine, c’est souvent la balance. Une phase de charge à 20 g par jour fait prendre 1 à 3 kg en une semaine, surtout de l’eau (Antonio et al., 2021). La créatine entre dans le muscle avec du sodium, et l’eau suit. Dans l’étude de Hultman et ses collègues en 1996, le volume d’urine baissait d’environ 0,6 litre par jour au début de la prise.

Cette eau ne s’accumule pas en priorité autour des cellules. Chez 32 pratiquants, Powers et ses collègues ont vu l’eau totale augmenter en 4 semaines, sans changement de sa répartition. Ribeiro et ses collègues ont suivi 27 hommes entraînés pendant 8 semaines. L’eau dans les cellules a augmenté de 9 % avec la créatine, contre 2 % sous placebo. Mais le muscle a grossi dans les mêmes proportions : une cellule plus grosse contient plus d’eau.

Là, ça se complique. Le gain de muscle mesuré est plus petit que ce que la balance raconte. Sur 143 essais, Pashayee-Khamene et ses collègues trouvent 0,8 kg de masse sans graisse en plus. Sur 12 essais chez des pratiquants de moins de 50 ans, Desai et ses collègues trouvent 1,1 kg de masse maigre en plus. Or cette masse maigre compte aussi l’eau.

Burke et ses collègues n’ont gardé que les études qui mesurent le muscle par IRM, scanner ou échographie. Sur 10 études, la créatine ajoutait 1 à 1,6 mm d’épaisseur au muscle. Les auteurs parlent eux-mêmes d’un très petit effet.

Un essai de 2025 montre bien le piège. Desai et ses collègues ont donné 5 g par jour à 63 adultes pendant une semaine, sans entraînement. Le groupe créatine avait déjà 0,5 kg de masse maigre en plus, et les auteurs pensent surtout à de l’eau. Ensuite, sur 12 semaines de musculation, les deux groupes ont gagné 2 kg chacun. Limite : le groupe témoin ne prenait pas de placebo.

Mon avis : le premier kilo pris avec la créatine est surtout de l’eau. Sur des mois, il reste un gain de muscle réel mais modeste, de l’ordre du kilo. Le vrai bénéfice passe par la force et le volume de travail.

ÉtudeParticipantsDoseDuréeRésultat
Rawson et Volek, 200322 étudesVariableVariableForce +20 %, contre +12 % sous placebo
Wang et al., 202423 essais, 509 adultes de moins de 50 ans2 à 10 g par jour, avec ou sans charge4 à 12 semaines+4,4 kg en haut, +11,4 kg aux jambes
Desai et al., 202412 essais, moins de 50 ansVariableVariable+1,1 kg de masse maigre
Burke et al., 202310 essais, muscle mesuré en imagerieVariable6 semaines ou plus+1 à 1,6 mm d’épaisseur
Chilibeck et al., 201722 essais, 721 personnes de 57 à 70 ansVariable7 à 52 semaines+1,4 kg de masse maigre

Après 50 ans, un vrai coup de main contre la fonte musculaire

Avec l’âge, on perd du muscle et de la force : c’est la sarcopénie. La musculation reste le premier remède, et la créatine l’aide. Chilibeck et ses collègues ont regroupé 22 essais et 721 personnes de 57 à 70 ans. Avec la créatine, elles ont gagné 1,4 kg de masse maigre de plus, et un peu plus de force. La méta-analyse de Devries et Phillips trouvait en plus un meilleur résultat au test du lever de chaise.

Celle de Forbes et ses collègues en 2021 (16 essais, 509 personnes de plus de 50 ans) retrouve 1,3 kg de masse maigre. Mais elle ajoute un détail qui m’a surpris : pour la force, l’avantage de la créatine disparaissait dans les études sans phase de charge. Ce sont de petits sous-groupes, donc c’est fragile.

Phase de charge ou 3 à 5 g par jour : même arrivée, pas la même vitesse

La phase de charge sert à remplir le muscle plus vite. On prend environ 20 g par jour, en quatre prises de 5 g, pendant 5 à 7 jours, puis 3 à 5 g par jour.

L’étude de référence est celle de Hultman, avec des biopsies de la cuisse, c’est-à-dire un petit prélèvement de muscle à l’aiguille. Un groupe a pris 20 g par jour pendant 6 jours : son stock de créatine a augmenté d’environ 20 % en une semaine. Un autre a pris 3 g par jour, sans charge. Il est arrivé au même niveau, mais en 28 jours. Je te mets les chiffres juste en dessous.

Courbes du stock de créatine de la cuisse sur 35 jours : la charge à 20 g par jour atteint 144 mmol/kg en une semaine, 3 g par jour atteignent 142 au 29e jour, et sans entretien le stock redescend à 132
Créatine de la cuisse, en mmol par kg de muscle sec : 20 g par jour remplissent le muscle en 6 jours, 3 g par jour y arrivent en 4 semaines. Sans entretien, le stock redescend. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Hultman et al., Journal of Applied Physiology, 1996.

Sans dose d’entretien, le stock était revenu au départ un mois après l’arrêt. Avec 2 g par jour, il restait stable.

La charge n’est donc pas obligatoire. Elle sert si tu veux un effet rapide, par exemple pour une compétition dans moins d’un mois. Mais elle fait prendre plus d’eau d’un coup et dérange plus souvent le ventre. Antonio et ses collègues conseillent de ne pas dépasser 10 g en une seule prise, pour éviter la diarrhée.

Pour l’entretien, 3 g suffisent à remplir le muscle chez la plupart des gens. Quelques signaux poussent quand même vers 5 g. Chez Wang, les gains aux jambes avaient tendance à être plus forts au-dessus de 5 g par jour. Dans l’essai de Desai, 5 g par jour sans charge n’ont pas fait mieux que rien sur 12 semaines. Avec le résultat de Forbes chez les seniors, ma position est simple : 5 g par jour, voire 0,1 g par kilo si tu es lourd.

Avant ou après la séance : ce qu’ont testé Antonio et Candow

La première étude directe est celle d’Antonio et Ciccone en 2013. Ils ont suivi 19 bodybuilders amateurs pendant 4 semaines. La moitié prenait 5 g juste avant la séance, l’autre moitié juste après. Le groupe « après » a gagné 2,0 kg de masse sans graisse, contre 0,9 kg pour le groupe « avant ». Mais avec 19 personnes, cet écart peut venir du hasard, et il n’y avait pas de placebo.

Candow et ses collègues ont ensuite comparé avant et après chez 22 seniors pendant 12 semaines : aucune différence. Puis ils ont lancé un essai plus long, avec un placebo (Candow et al., 2015). Des adultes de 50 à 71 ans ont suivi 32 semaines de musculation. Ils prenaient environ 8 g de créatine juste avant la séance, juste après, ou un placebo. Voilà ce que ça donne :

Graphique en barres des gains de force en 32 semaines : presse à cuisses +36,6 kg avec la créatine avant la séance, +40,8 kg après et +5,6 kg sous placebo ; développé assis +15,2, +15,7 et +1,9 kg
Gain de charge maximale en 32 semaines : les deux groupes créatine progressent bien plus que le placebo, et presque autant l’un que l’autre. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Candow et al., Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism, 2015.

Pour la force, le moment ne changeait presque rien : 40,8 kg de plus à la presse après la séance, 36,6 kg avant, 5,6 kg sous placebo. Pour la masse maigre, seul le groupe « après » se détachait du placebo : 3,0 kg contre 0,5 kg. Limites : 39 personnes sur 64 sont allées au bout, et la créatine était fournie par son fabricant. Ces seniors ne prenaient la créatine que les jours de séance, et ça a suffi.

Mon avis : prends-la après la séance, avec un repas. Avec des glucides et des protéines, le muscle en retient un peu plus (Kreider et al., 2022). Avec 3 à 5 g, le plus simple est d’en prendre aussi les jours de repos.

Pourquoi certains ne sentent rien : le stock de départ

Tout le monde ne réagit pas pareil. En 1994, Greenhaff et ses collègues ont donné 20 g par jour pendant 5 jours à 8 personnes. Chez 5 d’entre elles, la créatine du muscle a monté d’environ 25 %. Chez les 3 autres, de 5 à 7 % seulement, sans meilleure recharge après l’effort.

Syrotuik et Bell ont cherché ce qui distinguait ces profils chez 11 jeunes hommes. Les « répondeurs » partaient avec le stock le plus bas, plus de fibres rapides et plus de muscle, et leur force à la presse a progressé. Les « non-répondeurs » partaient avec un stock déjà haut, et leur force n’a pas bougé. Avec 3 répondeurs et 3 non-répondeurs, l’échantillon reste minuscule.

Si ton réservoir est déjà presque plein, la créatine a peu de place pour en rajouter. C’est pour ça que les végétariens sont souvent cités comme les meilleurs candidats.

Pois chiches secs dans un poêlon en fonte noire, avec quelques grains éparpillés sur un fond blanc

Burke et ses collègues l’ont vérifié chez 42 personnes, végétariennes ou non, pendant 8 semaines de musculation. Au départ, les végétariens avaient moins de créatine dans le muscle, 117 contre 130 mmol/kg. Avec la supplémentation, ils en ont gagné plus que les mangeurs de viande, avec plus de masse maigre.

Un essai de 2026 chez 20 végans actifs, dix par groupe, est plus mitigé (López-Moreno et al., 2026). Après 4 semaines, la détente verticale s’est améliorée, mais pas la force ni le sprint. Pour leur cerveau, c’est une autre histoire, que je raconte dans l’article sur la créatine et la mémoire.

La créatine fait-elle tomber les cheveux ?

Cette peur vient d’une seule étude. En 2009, van der Merwe et ses collègues ont testé la créatine chez de jeunes rugbymen. Ils en ont pris 25 g par jour pendant 7 jours, puis 5 g pendant 14 jours. Chaque joueur a aussi fait une période placebo. Les chercheurs ont mesuré la testostérone et la DHT dans le sang.

La DHT est une forme plus puissante de la testostérone. Chez les hommes qui y sont sensibles, elle fait rétrécir les follicules des cheveux, ce qui mène à la calvitie (Antonio et al., 2021). Dans cette étude, la testostérone n’a pas bougé. La DHT, elle, a monté de 56 % après la charge, et restait 40 % au-dessus du départ ensuite.

Courbes de la DHT sanguine sur 21 jours : de 0,98 à 1,53 puis 1,38 nmol/L pendant la période créatine, de 1,26 à 1,09 puis 1,06 nmol/L pendant la période placebo
DHT dans le sang pendant la période créatine (rouge) et la période placebo (gris). Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de van der Merwe et al., Clinical Journal of Sport Medicine, 2009.

Regarde le point de départ : la période créatine partait plus bas, à 0,98 contre 1,26 nmol/L. La DHT est restée dans les valeurs normales. Surtout, personne n’a regardé les cheveux. Sur 20 joueurs, 16 sont allés au bout, et ce résultat n’a jamais été reproduit.

Il a fallu attendre 2025 pour un essai qui mesure les cheveux. Lak et ses collègues ont suivi 38 hommes de 18 à 40 ans qui faisaient de la musculation. Ils prenaient 5 g de créatine ou un placebo par jour, pendant 12 semaines. Ils ont mesuré la DHT, la densité des cheveux, le nombre de follicules et leur épaisseur.

Huit petits graphiques de mesures du cuir chevelu avant et après 12 semaines, les points de la créatine et du placebo se superposant
Huit mesures du cuir chevelu avant et après 12 semaines, créatine en rouge et placebo en bleu-vert : les deux groupes évoluent de la même façon partout. Lak et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2025, figure 5, licence CC BY 4.0.

Aucune différence, ni sur la DHT, ni sur les cheveux. C’est un seul essai, de 12 semaines, et deux de ses auteurs conseillent des marques de créatine. Mais c’est le seul qui a regardé directement ce qui nous intéresse.

Non, rien ne montre que la créatine fait tomber les cheveux : dans le seul essai qui les a mesurés, aucune différence avec le placebo.

Les reins et la prise de sang qui inquiète

Pour surveiller les reins, les médecins dosent la créatinine, le déchet de la créatine. Quand tu prends de la créatine, ton corps en produit plus, et le chiffre monte, même avec des reins en bonne santé.

La méta-analyse de Tsiaras et ses collègues, en 2026, réunit 20 essais randomisés. La créatinine montait d’environ 0,13 mg/dL. Mais l’urée et le débit de filtration des reins, la mesure de leur fonctionnement, ne changeaient pas. Naeini et ses collègues arrivent à la même conclusion sur 21 études. Tsiaras demande quand même des essais de plus d’un an.

Le débit de filtration estimé sur une prise de sang dépend lui-même de la créatinine. Lugaresi et ses collègues l’ont donc mesuré avec un traceur, chez des pratiquants qui mangeaient beaucoup de protéines. Douze semaines de créatine n’ont rien changé.

Sur le long terme, Kreider et ses collègues ont suivi 98 joueurs de football américain pendant 21 mois, avec 69 marqueurs de santé. Ceux qui prenaient de la créatine depuis plus d’un an ne se distinguaient pas des autres. Mais il n’y avait ni tirage au sort ni placebo. La Société internationale de nutrition du sport juge la créatine sûre chez les personnes en bonne santé (Kreider et al., 2017). Des études sont allées jusqu’à 30 g par jour pendant 5 ans.

Pas d’atteinte des reins mesurée chez les personnes en bonne santé : la créatinine monte un peu, la filtration ne bouge pas, d’après 20 essais randomisés.

Chez les femmes, des données plus minces

La plupart des études ont été faites sur des hommes. Dans la méta-analyse de Wang, il n’y avait que 49 femmes. Chez elles, le gain de force n’était pas significatif, mais avec si peu de monde, on ne peut rien conclure.

La revue de Tam et ses collègues a repris 27 études chez des femmes actives. Face au placebo, la créatine améliorait la force ou la puissance dans 3 études sur 11 seulement. Les auteurs pointent surtout des études de faible qualité, qui tiennent mal compte des particularités du corps féminin.

Après la ménopause, c’est plus encourageant. Naddafha et ses collègues ont regroupé 7 essais et 608 femmes de 62 ans en moyenne. Avec la créatine, elles gagnaient 0,4 kg de masse maigre et 7,5 kg à la presse de plus qu’avec le placebo. Mais seulement avec au moins 5 g par jour et de la musculation. Chez les femmes âgées, dos Santos et ses collègues trouvent aussi plus de force, surtout au-delà de 24 semaines.

Je ne dirais pas que la créatine ne marche pas chez les femmes. On en sait moins, l’effet semble plus petit, et il apparaît surtout avec la musculation et sur des mois.

HCl, Kre-Alkalyn, éthyl ester : plus cher, pas mieux

La monohydrate, c’est de la créatine liée à une molécule d’eau. Elle contient 88 % de créatine et reste stable des années en poudre. Presque tout ce que tu avales finit dans tes tissus ou dans tes urines (Kreider et al., 2022). D’autres formes promettent mieux : moins de ballonnements, meilleure absorption, plus petite dose.

La Kre-Alkalyn, une créatine « tamponnée », a été testée par Jagim et ses collègues chez 36 pratiquants entraînés pendant 28 jours, avec biopsies. Ils ont comparé la dose du fabricant (1,5 g par jour), la même Kre-Alkalyn à forte dose, et la monohydrate.

Courbes de la variation de créatine musculaire à 7 et 28 jours : environ 22 mmol/kg avec la monohydrate, 9 avec la Kre-Alkalyn à forte dose et 5 avec la Kre-Alkalyn à 1,5 g par jour
Variation de la créatine du muscle : la monohydrate (CrM, trait plein) monte le plus, la Kre-Alkalyn à 1,5 g par jour (KA-L, pointillés) le moins. Jagim et al., Journal of the International Society of Sports Nutrition, 2012, figure 1, licence CC BY 2.0.

Au bout de 28 jours, la créatine du muscle avait augmenté de 22 mmol/kg avec la monohydrate, contre 5 avec la dose du fabricant. Avec si peu de biopsies, l’écart n’est pas significatif, mais la tendance est nette. Sur la force et la composition corporelle, la Kre-Alkalyn ne faisait pas mieux.

L’éthyl ester devait mieux traverser les membranes. Chez 30 hommes débutants, Spillane et ses collègues ont vu la créatine monter moins dans le sang avec l’éthyl ester, et la créatinine monter plus. Signe qu’une bonne partie se transformait en déchet avant d’être utilisée.

Reste le chlorhydrate (HCl), qui se dissoudrait 38 fois mieux dans l’eau. Kreider et ses collègues ont vérifié d’où sortait ce chiffre : les deux formes avaient été testées dans des liquides d’acidité très différente. Et se dissoudre mieux dans un verre ne veut pas dire mieux entrer dans le muscle. Chez 40 jeunes suivis 8 semaines, Eghbali et ses collègues n’ont trouvé aucun avantage du HCl sur la monohydrate.

Je dois te parler d’un essai qui dit l’inverse. En 2026, Duan et ses collègues ont donné 5 g par jour de monohydrate, d’éthyl ester ou de HCl à 40 footballeurs. Le HCl et l’éthyl ester ont fait mieux en sprint et en saut. Mais il y avait 10 joueurs par groupe, sans mesure de la créatine du muscle. Et les 5 g ne contenaient pas la même quantité de créatine selon la forme. Un essai isolé ne renverse pas le reste : chez Pashayee-Khamene, les autres formes ne se distinguaient même pas du placebo.

ÉtudeParticipantsForme et doseDuréeRésultat
Jagim et al., 201236 pratiquants entraînésKre-Alkalyn 1,5 g par jour, ou Kre-Alkalyn et monohydrate à 20 puis 5 g28 joursKre-Alkalyn pas meilleure
Spillane et al., 200930 hommes débutantsÉthyl ester ou monohydrate, 20 puis 5 g par jour7 semainesPlus de créatinine avec l’éthyl ester
Eghbali et al., 202440 jeunes de 18 à 25 ansHCl 0,03 g/kg par jour, ou monohydrate8 semainesHCl pas meilleur
Duan et al., 202640 footballeursHCl, éthyl ester ou monohydrate, 5 g par jour4 semainesHCl et éthyl ester meilleurs, doses inégales

Les gummies de créatine, une forme fragile

Le souci des gummies est chimique. Dans l’eau, la créatine se transforme peu à peu en créatinine, d’autant plus vite que le milieu est acide et chaud (Kreider et al., 2022). En solution à pH 3,5 et à 25 °C, 21 % de la créatine se dégrade en 3 jours. Or une gomme contient de l’eau, et souvent des acides pour le goût.

En 2024, le fabricant NOW a fait analyser 12 marques de gummies de créatine (article de NutraIngredients). La moitié n’atteignait pas la dose annoncée, et plusieurs contenaient beaucoup de créatinine. Ce n’est pas une étude publiée, et NOW vend lui-même de la créatine. Mais le résultat colle avec la chimie.

Le seul essai sur des gummies a suivi 32 joueuses de beach-volley pendant 10 semaines (Pereira et al., 2026). Avec 5 g par jour, elles sautaient plus haut que le groupe témoin. Mais ce groupe ne prenait pas de placebo, et les gummies étaient offertes par leur fabricant.

Une gummy bien fabriquée peut donc marcher. Mais tu ne peux pas le savoir sans une analyse du produit fini, lot par lot, qui mesure la créatine et la créatinine. Sans elle, je reste sur la poudre.

Monohydrate, 3 à 5 g par jour : comment la prendre

Si tu fais de la musculation, la créatine est l’un des compléments les mieux prouvés. Elle est encore plus intéressante si tu as plus de 50 ans, ou si tu manges peu de viande. Prends de la monohydrate en poudre, la seule forme testée dans des dizaines d’essais.

Côté dose, vise 3 à 5 g par jour, tous les jours, ou 0,1 g par kilo si tu es lourd. La charge ne sert que si tu veux un effet en moins d’un mois. Dans ce cas, fais quatre prises de 5 g par jour pendant 5 à 6 jours. Prends-la après ta séance avec un repas, et à n’importe quel repas les jours de repos.

Attends-toi à 1 à 3 kg de plus sur la balance avec une charge, surtout de l’eau, et ne juge pas l’effet avant un mois. Préviens ton médecin avant une prise de sang, et demande-lui son avis d’abord si tes reins sont malades.

Si tu veux en acheter, tu peux avoir une réduction sur la créatine monohydrate Nutriforce avec le code MUSCUNUTRITION.

Pour compléter, la bêta-alanine agit sur les efforts d’une à quatre minutes, et la citrulline malate sur le nombre de répétitions. Pour la mémoire et le manque de sommeil, lis l’article sur la créatine et le cerveau.

Sources

  1. Kreider RB et al. (2022). Bioavailability, Efficacy, Safety, and Regulatory Status of Creatine and Related Compounds: A Critical Review. Nutrients.
  2. Harris RC et al. (1992). Elevation of creatine in resting and exercised muscle of normal subjects by creatine supplementation. Clinical Science.
  3. Rawson ES, Volek JS (2003). Effects of creatine supplementation and resistance training on muscle strength and weightlifting performance. Journal of Strength and Conditioning Research.
  4. Wang Z et al. (2024). Effects of Creatine Supplementation and Resistance Training on Muscle Strength Gains in Adults <50 Years of Age: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients.
  5. Ashtary-Larky D et al. (2025). Creatine supplementation and resistance training: a comparison between novice and experienced lifters: a systematic review and dose-response meta-analysis. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  6. Antonio J et al. (2021). Common questions and misconceptions about creatine supplementation: what does the scientific evidence really show?. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  7. Hultman E et al. (1996). Muscle creatine loading in men. Journal of Applied Physiology.
  8. Powers ME et al. (2003). Creatine Supplementation Increases Total Body Water Without Altering Fluid Distribution. Journal of Athletic Training.
  9. Ribeiro AS et al. (2020). Creatine Supplementation Does Not Influence the Ratio Between Intracellular Water and Skeletal Muscle Mass in Resistance-Trained Men. International Journal of Sport Nutrition and Exercise Metabolism.
  10. Pashayee-Khamene F et al. (2024). Creatine supplementation protocols with or without training interventions on body composition: a GRADE-assessed systematic review and dose-response meta-analysis. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  11. Desai I et al. (2024). The Effect of Creatine Supplementation on Resistance Training-Based Changes to Body Composition: A Systematic Review and Meta-analysis. Journal of Strength & Conditioning Research.
  12. Burke R et al. (2023). The Effects of Creatine Supplementation Combined with Resistance Training on Regional Measures of Muscle Hypertrophy: A Systematic Review with Meta-Analysis. Nutrients.
  13. Desai I et al. (2025). The Effect of Creatine Supplementation on Lean Body Mass with and Without Resistance Training. Nutrients.
  14. Chilibeck PD et al. (2017). Effect of creatine supplementation during resistance training on lean tissue mass and muscular strength in older adults: a meta-analysis. Open Access Journal of Sports Medicine.
  15. Devries MC, Phillips SM (2014). Creatine supplementation during resistance training in older adults-a meta-analysis. Medicine & Science in Sports & Exercise.
  16. Forbes SC et al. (2021). Meta-Analysis Examining the Importance of Creatine Ingestion Strategies on Lean Tissue Mass and Strength in Older Adults. Nutrients.
  17. Antonio J, Ciccone V (2013). The effects of pre versus post workout supplementation of creatine monohydrate on body composition and strength. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  18. Candow DG et al. (2014). Comparison of creatine supplementation before versus after supervised resistance training in healthy older adults. Research in Sports Medicine.
  19. Candow DG et al. (2015). Strategic creatine supplementation and resistance training in healthy older adults. Applied Physiology, Nutrition, and Metabolism.
  20. Greenhaff PL et al. (1994). Effect of oral creatine supplementation on skeletal muscle phosphocreatine resynthesis. American Journal of Physiology-Endocrinology and Metabolism.
  21. Syrotuik DG, Bell GJ (2004). Acute creatine monohydrate supplementation: a descriptive physiological profile of responders vs. nonresponders. Journal of Strength and Conditioning Research.
  22. Burke DG et al. (2003). Effect of creatine and weight training on muscle creatine and performance in vegetarians. Medicine & Science in Sports & Exercise.
  23. López-Moreno M et al. (2026). Does creatine supplementation improve strength and power in physically active individuals on a vegan diet? a randomized, triple-blind, placebo-controlled trial. European Journal of Applied Physiology.
  24. van der Merwe J et al. (2009). Three weeks of creatine monohydrate supplementation affects dihydrotestosterone to testosterone ratio in college-aged rugby players. Clinical Journal of Sport Medicine.
  25. Lak M et al. (2025). Does creatine cause hair loss? A 12-week randomized controlled trial. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  26. Tsiaras A et al. (2026). The Effect of Creatine Supplementation on Kidney Function: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. Journal of Renal Nutrition.
  27. Naeini EK et al. (2025). Effect of creatine supplementation on kidney function: a systematic review and meta-analysis. BMC Nephrology.
  28. Lugaresi R et al. (2013). Does long-term creatine supplementation impair kidney function in resistance-trained individuals consuming a high-protein diet?. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  29. Kreider RB et al. (2003). Long-term creatine supplementation does not significantly affect clinical markers of health in athletes. Molecular and Cellular Biochemistry.
  30. Kreider RB et al. (2017). International Society of Sports Nutrition position stand: safety and efficacy of creatine supplementation in exercise, sport, and medicine. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  31. Tam R et al. (2025). Does Creatine Supplementation Enhance Performance in Active Females? A Systematic Review. Nutrients.
  32. Naddafha S et al. (2026). Creatine monohydrate for lean mass, strength, and bone density in postmenopausal women: a systematic review and meta-analysis. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  33. dos Santos EEP et al. (2021). Efficacy of Creatine Supplementation Combined with Resistance Training on Muscle Strength and Muscle Mass in Older Females: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients.
  34. Jagim AR et al. (2012). A buffered form of creatine does not promote greater changes in muscle creatine content, body composition, or training adaptations than creatine monohydrate. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  35. Spillane M et al. (2009). The effects of creatine ethyl ester supplementation combined with heavy resistance training on body composition, muscle performance, and serum and muscle creatine levels. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  36. Eghbali E et al. (2024). Supplementing With Which Form of Creatine (Hydrochloride or Monohydrate) Alongside Resistance Training Can Have More Impacts on Anabolic/Catabolic Hormones, Strength and Body Composition?. Physiological Research.
  37. Duan C et al. (2026). Creatine formulations and repeated sprint training: effects on physical and physiological adaptations in soccer players during the short-term preparation phase. Journal of the International Society of Sports Nutrition.
  38. NutraIngredients (2024). NOW raises red flags after creatine gummy testing. Article de presse sur les analyses de 12 marques de gummies réalisées par NOW, non publiées dans une revue scientifique.
  39. Pereira F et al. (2026). Effects of Creatine Monohydrate Gummies on Performance and Body Composition in Female Beach Volleyball Athletes. Journal of Functional Morphology and Kinesiology.
Retour en haut