Acétyl-L-carnitine : mémoire, fatigue et moral, des effets surtout après 60 ans

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L’acétyl-L-carnitine, ou ALCAR, se vend comme la carnitine « du cerveau » : elle passerait mieux dans la tête, ferait monter l’acétylcholine et redonnerait de l’énergie. Chez l’humain, elle a surtout été testée chez des personnes âgées ou malades, dans des dizaines d’essais contre placebo. Elle y freine un peu le déclin de la mémoire, réduit nettement la fatigue et améliore le moral, parfois autant qu’un antidépresseur. Chez le sportif en bonne santé, en revanche, presque rien n’a été testé avec cette forme. Je reprends les essais un par un, avec les doses qui ont marché, ce qui revient en réalité à la L-carnitine, et les deux situations où il vaut mieux s’en passer.

Un groupe acétyle en plus, pas une carnitine mieux absorbée

La carnitine fait entrer les graisses dans les mitochondries, les centrales énergétiques de tes cellules. Tu en tires surtout de la viande rouge. L’acétyl-L-carnitine, c’est la même molécule avec un groupe acétyle accroché dessus, un petit morceau fait de deux atomes de carbone. Ton corps en produit lui-même, et c’est la plus abondante des formes liées de la carnitine, d’après la revue de Rebouche (2004).

Formules chimiques côte à côte de la L-carnitine et de l'acétyl-L-carnitine, qui porte en plus un groupe CH3-CO en haut à gauche
À gauche la L-carnitine, à droite l’acétyl-L-carnitine : la seule différence est le groupe acétyle (CH3-CO) accroché en haut à gauche. Liu et al., Frontiers in Nutrition, 2022, figure 1, licence CC BY 4.0.

On lit souvent que ce groupe acétyle la rend mieux absorbée. Les mesures disent l’inverse. En 2025, Krims-Davis et ses collègues ont donné 0,5 ou 1,5 g d’acétylcarnitine ou de carnitine à des volontaires en bonne santé, puis suivi leur sang pendant 48 heures. Avec 1,5 g, le pic montait presque autant avec les deux formes : +48 % pour l’acétylcarnitine, +43 % pour la carnitine. Mais sur toute la durée, l’exposition du sang était 7,7 fois plus faible avec l’acétylcarnitine. Elle repartait surtout dans les urines sous forme de carnitine. Et la carnitine simple faisait même monter l’acétylcarnitine du sang davantage que le complément d’acétylcarnitine. L’étude était ouverte, avec une douzaine de volontaires par groupe.

Rebouche l’expliquait déjà : une partie de l’acétyl-L-carnitine perd son groupe acétyle dans la paroi de l’intestin. Une partie passe quand même intacte, puisque 2 g par jour font monter l’acétyl-L-carnitine du sang de 43 %. Pour moi, l’intérêt de l’ALCAR ne tient donc pas à une meilleure absorption. Il tient aux essais faits avec elle, qui portent sur le cerveau et les nerfs, alors que ceux de la L-carnitine portent sur les muscles.

Deux autres formes reviennent plus bas : la L-carnitine L-tartrate (LCLT), testée sur la récupération, et la propionyl-L-carnitine liée à la glycine (GPLC), testée sur les sprints.

Du sang au cerveau, par la même porte que la carnitine

Pour entrer dans le cerveau, une molécule doit franchir la barrière hémato-encéphalique, la paroi très serrée des vaisseaux du cerveau. Chez le rat et sur des cellules de ces vaisseaux, Kido (2001) a montré que l’acétyl-L-carnitine et la carnitine la traversent toutes les deux grâce au même transporteur, OCTN2. L’acétyl-L-carnitine n’a donc pas de porte réservée.

Chez l’humain, elle arrive bien jusqu’au cerveau. Parnetti (1992) a suivi 11 malades d’Alzheimer : 10 jours de perfusions, puis 50 jours à 1,5 g par jour par la bouche. L’acétyl-L-carnitine montait dans le sang, et le liquide céphalo-rachidien, celui qui baigne le cerveau, suivait la même évolution. Sano (1992) a aussi mesuré une hausse dans ce liquide chez une partie de ses patients.

Voilà ce que devient son groupe acétyle dans la cellule, d’après une revue de 2024 :

Schéma d'une cellule : l'acétylcarnitine entre par le transporteur OCTN2, son groupe acétyle sert à fabriquer de l'acétylcholine et des graisses, ou entre dans la mitochondrie pour produire de l'énergie
L’acétylcarnitine entre dans la cellule par le transporteur OCTN2, en haut. Son groupe acétyle peut servir à fabriquer de l’acétylcholine ou des graisses (encadré rose), ou entrer dans la mitochondrie, en bas, où il alimente la production d’énergie (cycle TCA). Helbing et al., European Archives of Psychiatry and Clinical Neuroscience, 2024, figure 3, licence CC BY 4.0.

Le lien avec l’acétylcholine, le messager de l’attention et de la mémoire, vient de l’animal. Sur des tranches de cerveau de rat, le groupe acétyle de l’acétylcarnitine servait à fabriquer de l’acétylcholine (Doležal, 1981). Chez des rats âgés, 3 mois d’ALCAR ont amélioré l’apprentissage dans des labyrinthes, avec plus d’acétylcholine fabriquée et libérée par les neurones (Ando, 2001). Chez des souris, 25 jours d’ALCAR ont augmenté les réserves d’énergie du cortex, la noradrénaline et la sérotonine (Smeland, 2012). Si c’est l’acétylcholine qui t’intéresse, j’ai comparé les compléments qui l’augmentent.

Une petite étude a vu quelque chose de comparable chez l’humain. Pettegrew (1995) a suivi pendant un an 7 malades d’Alzheimer sous ALCAR et 5 sous placebo. Il utilisait la spectroscopie par résonance magnétique, un examen proche de l’IRM qui dose des molécules du cerveau. Sous ALCAR, les molécules énergétiques et celles des membranes des neurones revenaient vers la normale, et les scores aux tests cognitifs baissaient moins. Douze patients, c’est très peu, mais la mesure est faite dans un cerveau humain.

Mémoire : un petit coup de frein quand elle commence à lâcher

Le résultat le plus solide vient de la méta-analyse de Montgomery (2003), un travail qui additionne les résultats de plusieurs essais. Elle en regroupe 21 en double aveugle chez des personnes avec un déclin cognitif léger ou un Alzheimer débutant : 591 sous ALCAR et 613 sous placebo, d’après la revue de Pennisi (2020). Les doses allaient de 1,5 à 3 g par jour, pendant 3 à 12 mois. L’ALCAR fait mieux que le placebo, à la fois sur les tests et sur l’avis du médecin. L’effet est petit, mais il se voit dès 3 mois et grandit ensuite. La mémoire et les fonctions intellectuelles sont ce qui progresse le plus, et l’ALCAR était bien tolérée dans tous les essais.

Chez 60 personnes de plus de 65 ans avec un déclin léger, 2 g par jour pendant 3 mois ont amélioré la mémoire et l’attention (Passeri, 1990). La facilité à trouver ses mots a progressé aussi. En Allemagne, deux essais contre placebo chez des personnes âgées ont trouvé un mieux sur l’avis du médecin et l’autonomie au quotidien après 12 semaines (Herrmann, 1990). Chez 481 personnes âgées, sans vrai groupe placebo, 1,5 g par jour pendant 90 jours ont fait monter le MMSE, un test de mémoire et d’orientation sur 30 points (Salvioli, 1994).

Chez des malades d’Alzheimer, Spagnoli (1991) a suivi 130 patients pendant un an. Le groupe ALCAR s’est dégradé moins vite sur 13 des 14 mesures, nettement sur cinq. Chez Sano, 30 patients ont pris 2,5 puis 3 g par jour pendant 6 mois : l’attention et la mémoire immédiate des chiffres déclinaient moins. Plus récemment, en Corée, 56 patients avec une démence liée à des lésions des vaisseaux du cerveau ont pris 1,5 g par jour ou un placebo pendant 28 semaines (Yang, 2018). Le test principal, le MoCA, un test rapide de mémoire et de raisonnement, s’est amélioré, surtout sur l’attention et le langage. Les autres tests n’ont pas bougé.

L’acétyl-L-carnitine améliore-t-elle la mémoire ? Un peu, chez les personnes dont la mémoire décline avec l’âge : 1,5 à 3 g par jour pendant 3 à 12 mois donnent un petit avantage sur le placebo dans une méta-analyse de 21 essais. Chez un adulte jeune en bonne santé, aucun essai contre placebo ne l’a montré.

Toutes les études ne vont pas dans ce sens. Le plus grand essai, mené aux États-Unis, a donné 3 g par jour ou un placebo à 431 malades d’Alzheimer pendant un an : les deux groupes ont décliné au même rythme (Thal, 1996). Seuls les patients de 65 ans ou moins semblaient freinés, dans une analyse faite après coup (Brooks, 1998). L’équipe a donc refait un essai chez 229 malades de 45 à 65 ans, sans effet sur les critères principaux (Thal, 2000). La revue Cochrane de Hudson (2003) ne retient qu’un mieux sur l’impression du médecin, peut-être dû au hasard. Selon moi, l’ALCAR aide un peu quand le déclin commence, beaucoup moins quand la maladie est installée.

Pour réviser un examen à 20 ans, presque rien

Chez les personnes sans trouble de la mémoire, la revue Cochrane de Chen (2017) n’a trouvé que deux essais, tous deux avec de la L-carnitine, et aucun effet. Une prise de DL-carnitine sur une journée n’a rien changé non plus à la mémoire de 12 volontaires (Hakkou, 1990). Avec l’ALCAR, une étude pilote italienne sans placebo a donné 1,5 g par jour pendant un mois à 17 jeunes (Lino, 1992). Leurs réflexes ont accéléré et leurs erreurs ont baissé dans un labyrinthe de jeu vidéo. Et l’essai souvent cité sur le TDAH portait sur la L-carnitine, avec un mieux chez 13 garçons sur 24 seulement (Van Oudheusden, 2002). Pour un examen, la caféine associée à la théanine a des essais bien plus solides, je l’ai classée avec les autres dans mon comparatif des nootropiques naturels.

Fatigue après 70 ans et pendant la maladie : les essais les plus parlants

C’est sur la fatigue que l’ALCAR a ses résultats les plus nets. On commence avec cet essai sicilien mené sur 96 personnes de 71 à 88 ans qui souffraient de fatigue chronique (Malaguarnera, 2008). Un groupe a pris de l’ALCAR, l’autre un placebo. Le résumé, seul accessible, ne donne ni la dose ni la durée. Voilà les résultats :

Trois graphiques en barres : le score de sévérité de la fatigue baisse de 22,5 points sous acétyl-L-carnitine contre une hausse de 1,2 sous placebo, la fatigue mentale de 3,3 contre +0,6, et le MMSE monte de 3,4 points contre 0,5
Chez 96 personnes de 71 à 88 ans fatiguées, la fatigue baisse nettement sous acétyl-L-carnitine et le MMSE gagne 3,4 points, contre presque rien sous placebo. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres du résumé de Malaguarnera et al., Archives of Gerontology and Geriatrics, 2008.

Les douleurs musculaires ont aussi baissé de 27 %, contre 3 % sous placebo. Ce qui n’est pas mal du tout pour des personnes de cet âge.

La même équipe a testé des personnes âgées « préfragiles », c’est-à-dire juste avant le stade où l’on perd son autonomie. Chez 92 d’entre elles, 1,5 g deux fois par jour pendant 3 mois ont fait mieux que le placebo (Malaguarnera, 2022). La CRP, un marqueur d’inflammation, a baissé, et le MMSE et la marche de 6 minutes ont progressé. Chez 62 patients sous interféron contre l’hépatite C, un traitement qui épuise, 2 g deux fois par jour pendant 12 mois ont réduit la fatigue (Malaguarnera, 2014). Leur productivité au travail a aussi moins baissé.

D’autres équipes trouvent aussi un effet, sans placebo. Chez 36 patients atteints de sclérose en plaques, 1 g deux fois par jour pendant 3 mois a mieux réduit la fatigue que l’amantadine, un médicament prescrit pour ça (Tomassini, 2004). Il y a eu un seul abandon pour effets indésirables sous ALCAR, contre cinq. Chez 90 patients atteints du syndrome de fatigue chronique, un tiers a pris 2 g d’ALCAR par jour pendant 24 semaines (Vermeulen, 2004). 59 % d’entre eux se sont nettement améliorés, surtout sur la fatigue mentale. Deux semaines après l’arrêt, la fatigue revenait chez la moitié d’entre eux.

Le point faible, c’est que presque tous les essais positifs contre placebo viennent de la même équipe de Catane, autour de Mariano Malaguarnera. Je n’ai trouvé aucune rétraction de ces articles, mais aucune autre équipe ne les a refaits. Et personne n’a testé l’ALCAR contre la fatigue chez un adulte jeune en bonne santé. Si ta fatigue vient d’une période chargée, j’ai repris les essais sur la rhodiola.

Moral en berne : à égalité avec la fluoxétine dans de petits essais

Dans deux centres de recherche, Nasca (2018) a mesuré moins d’acétyl-L-carnitine dans le sang des personnes déprimées que chez des personnes du même âge en bonne santé. Plus la dépression était sévère et précoce, plus le manque était marqué. Ce n’est qu’une association, mais elle colle avec les résultats chez l’animal.

Les essais confirment un effet. Veronese (2018) a regroupé 12 essais et 791 participants, de 54 ans en moyenne, aux deux tiers des femmes. Contre placebo ou sans traitement (9 essais), l’ALCAR a nettement réduit les symptômes dépressifs. Contre un antidépresseur (3 essais, 162 personnes par groupe), elle a fait jeu égal, avec moins d’effets indésirables. L’effet était le plus marqué chez les personnes âgées.

Le plus parlant de ces essais est celui de Bersani (2013). 80 personnes âgées souffrant de dysthymie, une petite déprime qui dure des années, ont pris de l’ALCAR ou 20 mg de fluoxétine, un antidépresseur très prescrit, en double aveugle, pendant 7 semaines. Les résultats étaient équivalents, et l’ALCAR agissait dès la première semaine, contre deux pour la fluoxétine. Honnêtement, je ne m’attendais pas à ça.

Il faut quand même relativiser : les essais sont petits et leurs résultats varient beaucoup, l’effet moyen de Veronese est sans doute gonflé. Pour une petite baisse de moral après 60 ans, l’ALCAR vaut un essai. Pour une vraie dépression, c’est une discussion avec ton médecin, et on n’arrête jamais un antidépresseur de son propre chef.

Nerfs abîmés par le diabète : moins de douleur au-dessus de 1,5 g

La neuropathie diabétique, ce sont les nerfs des pieds et des jambes abîmés par le sucre : fourmillements, brûlures, perte de sensibilité. Sima (2005) a analysé deux essais de 52 semaines chez 1 257 diabétiques, avec 500 ou 1 000 mg d’ALCAR trois fois par jour. Les biopsies du nerf sural, à la cheville, montraient plus de fibres nerveuses et plus de fibres en train de repousser. La perception des vibrations s’améliorait, et la douleur baissait avec la dose la plus forte. La vitesse de conduction des nerfs, elle, ne bougeait pas.

Li (2015) a regroupé quatre essais contre placebo et 523 patients, dont un lié à un traitement contre le VIH. La douleur baisse de 1,2 point sur une échelle de 0 à 10. Je te montre la version corrigée de leur figure, publiée après qu’un essai avait été inclus par erreur :

Graphique en forêt de quatre essais, De Grandis 2002, Sima 2005 (deux essais) et Youle 2007 : les carrés et le losange du résultat moyen sont à gauche du trait vertical, en faveur de l'acétyl-L-carnitine
Chaque ligne est un essai contre placebo ; un carré à gauche du trait vertical veut dire moins de douleur sous acétyl-L-carnitine. Le losange noir résume les quatre essais : 1,2 point de douleur en moins sur 10. Version corrigée de la figure 2 de Li et al., PLoS One, 2015, licence CC BY 4.0.

La revue Cochrane de Rolim (2019) a repris les mêmes essais en séparant les doses. Et là, c’est très clair :

Graphique en barres horizontales : avec 1,5 g par jour ou moins, la douleur ne baisse pas plus que sous placebo (moins 0,05 mm), au-dessus de 1,5 g elle baisse de 14,9 mm sur 100
Écart de douleur avec le placebo, sur une échelle de 0 à 100 mm : rien à 1,5 g par jour ou moins, 14,9 mm de moins au-dessus. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Rolim et al., Cochrane Database of Systematic Reviews, 2019.

Les auteurs jugent les preuves de très faible certitude. Deux essais ont été payés par un fabricant d’ALCAR, et les deux autres comptaient au moins un auteur consultant pour un fabricant. Si tu as une neuropathie, c’est une option à voir avec ton médecin, à 2 ou 3 g par jour pendant plusieurs mois.

Sport et musculation : ce que l’ALCAR a vraiment montré

Je n’ai trouvé aucun essai contre placebo de l’ALCAR seule chez des sportifs en bonne santé. Le plus proche est un essai espagnol (de Rozas, 2025). 41 cyclistes entraînés ont pris pendant 4 semaines 1,2 g d’ALCAR avec de l’acide alpha-lipoïque et des vitamines B, ou un placebo. Leur lactate, l’acide qui s’accumule dans les muscles à l’effort intense, était plus bas de 1,5 mmol/L après le second test de sprint. Mais ni la puissance maximale, ni les sprints, ni les sauts n’ont progressé plus que sous placebo.

Là où l’ALCAR améliore le corps, c’est chez des personnes affaiblies. Le meilleur exemple porte sur 121 malades du foie avec une encéphalopathie hépatique, des troubles du cerveau dus à l’ammoniaque que le foie n’élimine plus (Malaguarnera, 2011). Ils ont pris 2 g deux fois par jour ou un placebo pendant 90 jours. Voilà les chiffres :

Trois graphiques en barres : en 90 jours, 19,9 mètres gagnés au test de marche de 6 minutes sous acétyl-L-carnitine contre 2,3 sous placebo, 2,1 points gagnés aux tests physiques SPPB contre 0,2, et la fatigue qui baisse de 6,4 points contre une hausse de 2,3
Malades du foie avec troubles cérébraux légers (grade 1) ou modérés (grade 2) : la marche, les tests physiques et la fatigue s’améliorent sous acétyl-L-carnitine, presque pas sous placebo. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Malaguarnera et al., The American Journal of Clinical Nutrition, 2011.

Pour un pratiquant en bonne santé, ces résultats ne se transposent pas. Même chose pour l’insuline et la tension. En 2009, une étude pilote sans placebo avait testé 2 g par jour pendant 24 semaines (Ruggenenti, 2009). La sensibilité à l’insuline des plus résistants s’améliorait, et la tension systolique baissait de 7 à 9 mmHg. La même équipe a ensuite fait l’essai contre placebo chez 229 diabétiques de type 2 hypertendus (Parvanova, 2018). Après 6 mois à la même dose, rien n’avait bougé : ni la tension, ni la glycémie, ni l’insuline.

Côté hormones, un essai italien a suivi 120 hommes de 60 à 74 ans pendant 6 mois (Cavallini, 2004). Ils prenaient de la testostérone, un placebo, ou 2 g d’ALCAR avec 2 g de propionyl-L-carnitine par jour. Les carnitines ont amélioré l’érection, l’humeur et la fatigue, plus que la testostérone sur l’érection. La testostérone du sang, elle, n’a pas bougé sous carnitines.

Les résultats sur les sprints, la récupération ou la perte de gras dont on parle dans les salles ont bien été obtenus, souvent avec d’autres formes de carnitine que l’ALCAR.

La GPLC et les sprints : mieux à 1,5 g, moins bien à 3 g

Chez 24 hommes entraînés en musculation, 4,5 g de GPLC ont été pris 90 minutes avant cinq sprints de 10 secondes sur vélo (Jacobs, 2009). La puissance a gagné 2,6 à 15 % selon les sprints, avec 16 % de lactate en moins 14 minutes après. Sur 4 semaines chez 45 hommes, la même équipe n’a rien trouvé de significatif au total (Jacobs, 2010). Mais à 3 et 4,5 g par jour, la puissance baissait de 2 à 7 % sur les derniers sprints, alors qu’elle montait de 3 à 6 % à 1,5 g. Chez 30 personnes non entraînées, 3 g de GPLC par jour pendant 8 semaines d’endurance ont fait monter l’oxyde nitrique du sang (Bloomer, 2009), dont j’explique le rôle dans mon article sur l’oxyde nitrique.

Le L-tartrate, les courbatures et les récepteurs aux androgènes

La méta-analyse de Yarizadh (2020) regroupe 7 essais avec de la L-carnitine. Les courbatures baissent de la fin de la séance jusqu’à 96 heures après, et les marqueurs de lésions musculaires à 24 heures. Chez 10 hommes entraînés, 3 semaines de L-tartrate (2 g de carnitine par jour) ont augmenté les récepteurs aux androgènes du muscle avant la séance : 12,9 unités contre 11,2 sous placebo (Kraemer, 2006). Personne n’a montré que ça faisait gagner plus de muscle, et la testostérone du sang n’a pas monté. Pour la perte de poids, 37 essais avec de la L-carnitine donnent 1,2 kg de plus que le placebo, surtout chez les personnes en surpoids (Talenezhad, 2020). Aucun de ces résultats n’a été testé avec l’ALCAR.

1,5 à 3 g par jour en deux ou trois prises : les doses qui ont marché

Les essais positifs utilisent tous plus de 1 g par jour. Pour la mémoire, 1,5 à 3 g. Pour la fatigue, 2 à 4 g. Pour les nerfs, plus de 1,5 g, et le meilleur résultat à 3 g. La plupart répartissaient la dose en deux ou trois prises dans la journée. Aucun essai n’a comparé une prise le matin et une prise le soir.

Avec des gélules de 500 mg, il en faut 3 à 6 par jour pour retrouver les doses des essais. Si tu veux en acheter, tu peux avoir une réduction sur l’acétyl-L-carnitine Nutriforce avec le code MUSCUNUTRITION : ses gélules de 500 mg permettent de monter à la dose des essais, en deux ou trois prises.

Combien de temps avant les effets de l’acétyl-L-carnitine ? Pour la mémoire, l’écart avec le placebo apparaît vers 3 mois et grandit ensuite. Pour la fatigue, les essais positifs ont duré 3 mois. Pour le moral, une semaine a suffi dans l’essai contre la fluoxétine. Pour la douleur des nerfs, compte 6 à 12 mois.

Chimiothérapie, thyroïde et TMAO : quand l’acétyl-L-carnitine pose problème

Dans les essais, l’ALCAR est bien tolérée, même après un an à 3 g par jour. Les plaintes rapportées sont des maux de tête, des fourmillements du visage et des troubles digestifs. Elles poussent rarement à arrêter : dans un essai de la revue de Rolim, 6 patients sur 147 ont abandonné à plus de 1,5 g par jour, contre 2 sur 147 sous placebo.

Le vrai signal d’alerte vient du cancer. L’ALCAR était censée protéger les nerfs pendant la chimiothérapie. Hershman (2013) l’a testée chez 409 femmes traitées pour un cancer du sein par taxanes, à 3 g par jour pendant 24 semaines. À 12 semaines, aucune protection. À 24 semaines, plus d’atteintes des nerfs sous ALCAR que sous placebo, avec 8 formes graves contre une. Et l’écart tenait encore deux ans plus tard (Hershman, 2018). Pendant une chimiothérapie, tu n’en prends pas sans l’accord de ton cancérologue.

La carnitine freine aussi l’action des hormones thyroïdiennes dans les cellules. Chez 50 femmes qui prenaient une forte dose d’hormone thyroïdienne, 2 ou 4 g de L-carnitine par jour ont réduit les symptômes d’excès (Benvenga, 2001). Personne ne l’a vérifié avec l’ALCAR, mais elle repart en grande partie sous forme de carnitine. Si tu es soigné pour une thyroïde paresseuse, parles-en à ton médecin. Pendant la grossesse et l’allaitement, aucune donnée : abstiens-toi.

Reste le TMAO (triméthylamine N-oxyde). La carnitine que l’intestin n’absorbe pas est transformée en TMAO par ses bactéries, puis par le foie. Les études d’observation associent cette molécule aux maladies cardiovasculaires, sans preuve qu’elle en soit la cause. J’ai détaillé ce mécanisme dans l’article sur l’alpha-GPC, qui en produit aussi. Chez Krims-Davis, une seule prise de 1,5 g d’acétylcarnitine faisait passer le TMAO du sang de 2,2 à 47 µM, comme la carnitine. Environ 90 % des deux compléments finissaient en TMAO, à des taux que les auteurs jugent préoccupants. Chez des femmes âgées, 24 semaines de L-carnitine ont multiplié le TMAO par dix, sans changer les marqueurs d’inflammation des artères ni le cholestérol (Samulak, 2019).

L’acétyl-L-carnitine est-elle dangereuse ? Pas aux doses des essais, où elle est presque aussi bien tolérée qu’un placebo. Deux exceptions : pendant une chimiothérapie aux taxanes, elle a aggravé les atteintes des nerfs, et elle fait grimper le TMAO, dont on ne connaît pas l’effet sur des années.

Le tableau des essais chez l’humain, forme par forme

ÉtudeParticipantsForme et dose par jourDuréeRésultat
Krims-Davis 2025Volontaires en bonne santé (11 à 12 par groupe à 1,5 g)ALCAR ou carnitine, 0,5 ou 1,5 g en une prise48 heuresExposition du sang 7,7 fois plus faible avec l’ALCAR, TMAO de 2,2 à 47 µM
Parnetti 199211 malades d’AlzheimerALCAR en perfusion, puis 1,5 g par la bouche60 joursALCAR en hausse dans le sang et le liquide du cerveau
Pettegrew 199512 malades d’AlzheimerALCAR, 3 g (d’après Pennisi)1 anMoins de déclin, molécules d’énergie du cerveau normalisées
Méta-analyse Montgomery 200321 essais, 1 204 personnes avec déclin léger ou Alzheimer débutantALCAR, 1,5 à 3 g3 à 12 moisPetit avantage sur les tests et l’avis du médecin, dès 3 mois
Revue Cochrane Hudson 200311 essais, malades d’AlzheimerALCARVariableMieux sur l’impression du médecin seulement
Passeri 199060 personnes de plus de 65 ans avec déclin légerALCAR, 2 g3 moisMémoire, attention et fluence verbale meilleures
Herrmann 1990Personnes âgées avec déclin léger à modéré (2 essais)ALCAR, 1,5 g (d’après Pennisi)12 semainesAvis du médecin et autonomie meilleurs
Salvioli 1994481 personnes âgées, simple aveugleALCAR, 1,5 g90 joursMMSE, mémoire et humeur meilleurs
Spagnoli 1991130 malades d’AlzheimerALCAR, 2 g (d’après Pennisi)1 anDéclin plus lent sur 13 mesures sur 14
Sano 199230 malades d’AlzheimerALCAR, 2,5 puis 3 g6 moisAttention et mémoire des chiffres déclinent moins
Thal 1996431 malades d’AlzheimerALCAR, 3 g1 anMême déclin que sous placebo
Thal 2000229 malades d’Alzheimer de 45 à 65 ansALCAR, 3 g1 anPas d’effet sur les critères principaux
Yang 201856 démences avec lésions vasculairesALCAR, 1,5 g28 semainesMoCA meilleur, autres tests inchangés
Revue Cochrane Chen 20172 essais chez des personnes sans troubleL-carnitine3 joursAucun effet
Lino 199217 jeunes de 22 à 27 ans, sans placeboALCAR, 1,5 g1 moisRéflexes plus rapides, moins d’erreurs au labyrinthe
Hakkou 199012 volontaires en bonne santéDL-carnitine, 2 fois 1,6 g1 jourMémoire inchangée
Van Oudheusden 200224 garçons avec un TDAHL-carnitineCroiséComportement meilleur chez 13 sur 24
Malaguarnera 200896 personnes de 71 à 88 ans fatiguéesALCAR (dose non précisée dans le résumé)Non préciséeFatigue -22,5 contre +1,2, MMSE +3,4 contre +0,5
Malaguarnera 2011121 malades du foie avec troubles cérébrauxALCAR, 4 g90 joursFatigue en baisse, marche +19,9 contre +2,3 m
Malaguarnera 201462 patients sous traitement de l’hépatite CALCAR, 4 g12 moisFatigue en baisse, productivité au travail meilleure
Malaguarnera 202292 personnes âgées préfragilesALCAR, 3 g3 moisCRP en baisse, MMSE et marche de 6 minutes meilleurs
Tomassini 200436 patients atteints de sclérose en plaques, croiséALCAR, 2 g, contre amantadine2 fois 3 moisMoins de fatigue qu’avec l’amantadine
Vermeulen 200490 patients avec fatigue chronique, sans placeboALCAR, PLC ou les deux, 2 g24 semainesNette amélioration chez 59 % sous ALCAR
Nasca 2018Déprimés et témoins de deux centres (observation)AucuneMesure uniqueALCAR du sang plus basse chez les déprimés
Méta-analyse Veronese 201812 essais, 791 personnesALCARVariableSymptômes dépressifs en baisse, comme sous antidépresseur
Bersani 201380 personnes âgées avec dysthymieALCAR (dose non précisée dans le résumé) contre fluoxétine 20 mg7 semainesRésultats équivalents, effet dès la première semaine
Sima 20051 257 diabétiques avec neuropathie (2 essais)ALCAR, 1,5 ou 3 g52 semainesFibres nerveuses et vibrations meilleures, douleur en baisse à 3 g
Méta-analyse Li 20154 essais, 523 patientsALCAR, 2 à 3 g14 jours à 1 anDouleur -1,2 point sur 10
Revue Cochrane Rolim 20194 essais, 907 diabétiquesALCAR, 1,5 à 3 g6 à 12 moisRien à 1,5 g ou moins, -14,9 mm sur 100 au-dessus
Hershman 2013 et 2018409 femmes sous chimiothérapie aux taxanesALCAR, 3 g24 semainesPlus d’atteintes des nerfs, encore à 2 ans
de Rozas 202541 cyclistes entraînésALCAR 1,2 g, acide alpha-lipoïque, B1, B124 semainesPerformances inchangées, lactate -1,5 mmol/L
Ruggenenti 200932 non-diabétiques à risque, sans placeboALCAR, 2 g24 semainesInsuline et tension améliorées
Parvanova 2018229 diabétiques de type 2 hypertendusALCAR, 2 g6 moisTension, glycémie et insuline inchangées
Cavallini 2004120 hommes de 60 à 74 ansALCAR 2 g et propionyl-L-carnitine 2 g6 moisÉrection, humeur et fatigue meilleures, testostérone inchangée
Jacobs 200924 hommes entraînés, croiséGPLC, 4,5 g avant l’effort1 séancePuissance +2,6 à 15 %, lactate -16 %
Jacobs 201045 hommes entraînésGPLC, 1,5, 3 ou 4,5 g4 semainesMieux à 1,5 g, moins bien à 3 et 4,5 g
Bloomer 200930 adultes non entraînésGPLC, 1 ou 3 g8 semainesOxyde nitrique en hausse à 3 g
Kraemer 200610 hommes entraînés, croiséL-tartrate, 2 g de carnitine3 semainesRécepteurs aux androgènes 12,9 contre 11,2
Méta-analyse Yarizadh 20207 essaisL-carnitine, surtout L-tartrateVariableMoins de courbatures jusqu’à 96 heures
Méta-analyse Talenezhad 202037 essais, 2 292 personnesL-carnitineVariable-1,2 kg par rapport au placebo
Benvenga 200150 femmes sous forte dose d’hormone thyroïdienneL-carnitine, 2 ou 4 g6 moisSymptômes d’excès thyroïdien réduits
Samulak 2019Femmes âgées en bonne santéL-carnitine24 semainesTMAO multiplié par dix, marqueurs des artères inchangés

Dernière étude ajoutée : Krims-Davis, 2025.

Mon conseil : 1,5 à 3 g par jour pendant trois mois, si l’âge pèse sur ta mémoire ou ton énergie

Si tu as passé 60 ans et que ta mémoire ou ton énergie baissent, l’ALCAR fait partie des compléments les mieux testés pour ça. Je partirais sur 1,5 g par jour en deux prises, et je monterais à 3 g si tout se passe bien. Donne-lui 3 mois avant de juger : c’est le délai des essais. Si ton moral est un peu bas en même temps, tant mieux, c’est là qu’elle a ses résultats les plus étonnants.

Si tu as 25 ans et que tu cherches de la force ou un coup de fouet avant la séance, ce n’est pas le bon complément. Aucun essai ne l’a montré chez toi. Et si tu es sous chimiothérapie ou soigné pour la thyroïde, tu n’en prends pas sans ton médecin.

Pour la mémoire après 60 ans, le bacopa a aussi des essais sur 12 semaines. Et si tu hésites avec la choline, j’ai repris les essais sur l’alpha-GPC chez les personnes âgées.

Sources

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