Huperzine A : mémoire, Alzheimer, musculation et effets secondaires

photo d'une plante d'huperzine A qui est un puissant nootropique pour l'acetylcholine

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L’huperzine A (parfois écrite « hyperzine A ») est un alcaloïde tiré d’une petite plante chinoise, Huperzia serrata. On la vend comme un nootropique qui fait monter l’acétylcholine, le messager chimique de l’attention et de la mémoire. Sur le mécanisme, c’est exact : elle freine l’enzyme qui détruit l’acétylcholine, comme les médicaments contre la maladie d’Alzheimer. Mais chez les malades, les essais positifs sont presque tous chinois et de qualité faible, et le grand essai américain a échoué sur son critère principal. Chez les personnes en bonne santé, on ne trouve presque rien, et ses effets secondaires ont conduit un institut public néerlandais à déconseiller d’en prendre.

Huperzia serrata, une mousse chinoise devenue médicament

Huperzia serrata est une plante de la famille des lycopodes, qui ressemble à une grande mousse. La médecine chinoise l’utilise depuis des siècles sous le nom de Qian Ceng Ta, entre autres contre les pertes de mémoire (Friedli et Inestrosa, 2021). Dans les années 1980, des chercheurs chinois ont identifié l’huperzine A et montré qu’elle bloquait une enzyme du cerveau, l’acétylcholinestérase (Rafii et al., 2011). En Chine, elle sert de médicament contre la maladie d’Alzheimer depuis 1994 (Xing et al., 2014).

En Occident, elle est devenue un complément. Dès 1999, une revue de chimie américaine la présentait comme un « agent nootropique chinois » (Kozikowski et Tückmantel, 1999). Aux Pays-Bas, l’institut public de santé, le RIVM, a relevé des gélules de 50 à 200 µg (de Heer et de Wit-Bos, 2024). On en conseille 1 à 4 par jour. La plante en contient très peu, donc les gélules apportent un extrait concentré ou la molécule purifiée. On en trouve aussi dans environ 11 % des pre-workouts à plusieurs ingrédients (Wessinger et al., 2021).

Comment l’huperzine A fait durer l’acétylcholine

L’acétylcholine est un neurotransmetteur, une molécule qu’un neurone libère pour passer un message à la cellule voisine. Dans le cerveau, elle sert à l’attention et à la mémoire. Dans le corps, c’est aussi elle qui transmet l’ordre de contraction du nerf au muscle (Gage et al., 2021). Garde ce détail en tête pour les effets secondaires.

Une fois le message passé, une enzyme détruit l’acétylcholine : l’acétylcholinestérase. Si on freine cette enzyme, l’acétylcholine reste plus longtemps et son signal dure. C’est le principe de l’huperzine A, et celui du donépézil, de la rivastigmine et de la galantamine, les médicaments prescrits contre la maladie d’Alzheimer (Yang et al., 2013). L’huperzine ne fabrique donc pas d’acétylcholine, elle fait durer celle que ton cerveau produit déjà. La nicotine, elle, imite l’acétylcholine sur une partie de ses récepteurs.

Schéma montrant la plante Huperzia serrata, une flèche vers la formule chimique de l'huperzine A, et un trait qui bloque l'acétylcholinestérase, dessinée comme quatre sphères rouges
De la plante à l’enzyme : l’huperzine A bloque l’acétylcholinestérase (AChE), ici sous la forme qu’on trouve dans le cerveau. Friedli et Inestrosa, Molecules, 2021, figure 1, licence CC BY 4.0.

L’idée vient de l’« hypothèse cholinergique » du vieillissement de la mémoire, défendue dans Science en 1982 (Bartus et al., 1982). Le système de l’acétylcholine s’abîme avec l’âge et la démence, et la bloquer chez des jeunes provoque des trous de mémoire du même genre. Les auteurs notaient déjà que la stimuler n’aidait les personnes âgées que dans des conditions très contrôlées. Faire durer l’acétylcholine aide donc surtout quand elle manque.

Plus sélective que le donépézil, mais chez le rat

L’huperzine A bloque l’acétylcholinestérase en touchant très peu sa cousine, la butyrylcholinestérase : 884 fois plus d’effet sur la première, contre 489 fois pour le donépézil (Cheng et al., 1996). Chez le rat, à nombre égal de molécules, elle fait monter l’acétylcholine du cortex 8 fois plus que le donépézil, et plus longtemps (Liang et Tang, 2004). Après 30 jours de prise quotidienne, son effet n’avait pas faibli (Liang et Tang, 2006).

Deux réserves. Ces trois études viennent du laboratoire de Shanghai qui a participé à la découverte de la molécule, puis à ses essais comme médicament (Wang et al., 2006). Et la puissance sur une enzyme ne dit rien de l’effet sur la mémoire : à la dose utilisée en Chine, le grand essai américain n’a rien trouvé. La présenter comme « le plus puissant inhibiteur découvert » va donc trop loin.

Neurones neufs et stress oxydatif : des résultats chez la souris

On lit aussi qu’elle fait pousser de nouveaux neurones. L’étude a été faite sur des cellules souches de souris en culture, puis sur des souris adultes, qui avaient plus de nouveaux neurones dans l’hippocampe (Ma et al., 2013). À très forte concentration, l’effet s’inversait. La protection contre le stress oxydatif vient d’une revue d’études sur des cellules et des animaux (Zhang et al., 2008). Rien de tout ça n’a été mesuré chez l’humain : ce sont des pistes, comme pour le lion’s mane, pas la preuve qu’elle garde le cerveau jeune.

Maladie d’Alzheimer : beaucoup d’essais chinois, une qualité discutée

Le premier essai important date de 1995. Dans plusieurs hôpitaux chinois, 103 malades d’Alzheimer ont reçu 0,2 mg d’huperzine A deux fois par jour ou un placebo, pendant 8 semaines (Xu et al., 1995). 58 % se sont améliorés sous huperzine, contre 36 % sous placebo, sans effet secondaire grave.

D’autres essais ont suivi, presque tous en Chine. Ils mesurent souvent le MMSE, un test noté sur 30 points (orientation, mémoire, langage). En 2008, la revue Cochrane, qui fait référence, a retenu 6 essais et 454 patients. L’huperzine faisait gagner 2,8 points de MMSE de plus que le placebo. Mais un seul essai était de qualité et de taille suffisantes, et les auteurs concluaient qu’on ne pouvait rien recommander (Li et al., 2008).

La revue la plus large, en 2013, réunit 20 essais et 1 823 patients, avec 0,2 à 0,8 mg par jour (Yang et al., 2013). Les résultats penchent en faveur de l’huperzine sur le MMSE et sur l’autonomie au quotidien. Le problème, c’est la façon dont ces essais ont été menés. Tous ont eu lieu en Chine sauf un, 18 sont publiés en chinois, et seuls 7 étaient en double aveugle. Un seul avait déclaré son protocole à l’avance.

Graphique en barres horizontales du risque de biais des 20 essais sur l'huperzine A : le jaune, risque inconnu, occupe la plus grande partie de chaque critère, le vert reste minoritaire et le rouge apparaît pour l'aveugle des patients et des évaluateurs
Qualité des 20 essais, critère par critère. En vert, risque de biais faible. En jaune, inconnu faute d’informations. En rouge, élevé. Yang et al., PLoS One, 2013, figure 3, licence CC BY.

En 2014, une méta-analyse limitée aux essais contre placebo trouve le même gain de 2,8 points sur 8 essais et 733 patients (Xing et al., 2014). Mais les essais se contredisent beaucoup, et les auteurs reconnaissent que des essais négatifs n’ont peut-être jamais été publiés.

Graphique en forêt de 8 essais comparant huperzine A et placebo sur le MMSE : écarts de 1,05 point pour Rafii 2011 à 5 points pour Zhang 2006, avec une moyenne de 2,79 points
Écart de MMSE entre huperzine et placebo dans 8 essais. La ligne « Rafii et al. 2011 », seul essai américain, a le plus petit écart. Les mentions sous le graphique sont inversées : à droite de zéro, c’est l’huperzine qui fait mieux. Xing et al., Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2014, figure 2, licence CC BY 3.0.

Les petits essais chinois affichent jusqu’à 4 ou 5 points d’écart, l’essai américain à peine 1. À mon avis, quand l’essai le mieux contrôlé trouve le plus petit effet, c’est que les autres l’exagèrent.

Contre la démence vasculaire, la revue Cochrane n’a trouvé qu’un essai de 14 personnes, sans effet net (Hao et al., 2009). Pour le trouble cognitif léger, elle n’a trouvé aucun essai assez solide (Yue et al., 2012).

L’essai américain de Rafii : rien à la dose chinoise

Le seul grand essai mené hors de Chine a été publié en 2011 par Michael Rafii et ses collègues américains (Rafii et al., 2011). 210 malades de 50 ans et plus ont été tirés au sort en trois groupes. Ils ont reçu un placebo, 200 µg d’huperzine A deux fois par jour (la dose chinoise) ou 400 µg deux fois par jour, pendant au moins 16 semaines.

Le critère principal était le score ADAS-Cog à 16 semaines avec 200 µg deux fois par jour. C’est un test de mémoire et de langage où un score plus bas est meilleur. Il n’a rien montré : 0,32 point d’amélioration, contre 0,34 sous placebo. Avec 400 µg deux fois par jour, le score s’est amélioré de 2,27 points à 11 semaines, contre une dégradation de 0,29 sous placebo. À 16 semaines, l’écart n’était plus significatif. L’autonomie et le comportement n’ont bougé à aucune dose.

Graphique en barres : à 11 semaines, le score ADAS-Cog s'améliore de 2,27 points avec 400 µg deux fois par jour et se dégrade de 0,29 point sous placebo ; à 16 semaines, amélioration de 0,34 sous placebo, 0,32 avec 200 µg et 1,92 avec 400 µg
À 16 semaines, la dose de 200 µg deux fois par jour fait exactement comme le placebo. Graphique MuscuNutrition d’après les chiffres de Rafii et al., Neurology, 2011.

Pour situer, les auteurs rappellent que les médicaments anti-Alzheimer font en moyenne 2,7 points d’ADAS-Cog de mieux que le placebo après 12 à 24 semaines. Leur conclusion est nette : à 200 µg deux fois par jour, l’huperzine A est « inefficace » dans la maladie d’Alzheimer, et la forte dose demande d’autres essais. Je n’en ai pas trouvé de cette taille depuis. L’acétyl-L-carnitine a connu le même sort : de petits essais positifs, puis un grand essai américain sur 431 malades qui n’a rien trouvé.

L’essai était en partie financé par Neuro-Hitech, une société qui développait l’huperzine A, ce qui n’a pas empêché un résultat négatif. Côté tolérance, 11,4 % des patients n’ont pas supporté l’huperzine, surtout à cause des nausées.

Contre la maladie d’Alzheimer, l’huperzine A n’a pas fait ses preuves : les essais chinois sont positifs mais de qualité faible. Le seul grand essai rigoureux n’a rien trouvé à la dose habituelle.

Mémoire des personnes en bonne santé : deux petites études

L’étude la plus citée par les vendeurs concerne des collégiens. En 1999, des chercheurs chinois ont formé 34 paires d’élèves qui se plaignaient de mal retenir leurs leçons (Sun et al., 1999). Dans chaque paire, l’un a pris 100 µg d’huperzine A deux fois par jour, l’autre un placebo, pendant 4 semaines. À la fin, le quotient de mémoire était de 115 contre 104, et les notes de chinois avaient progressé.

C’est l’étude la plus encourageante pour un cerveau jeune. Mais elle est petite, courte, jamais refaite, et elle portait sur des élèves qui se plaignaient de leur mémoire. Honnêtement, donner à des adolescents une molécule vendue en Chine comme médicament anti-Alzheimer me met mal à l’aise.

L’armée américaine, qui s’y intéresse pour protéger ses soldats des gaz neurotoxiques, a testé des adultes jeunes en bonne santé, 12 par groupe (Morasch et al., 2015). Chacun recevait une prise d’huperzine A (100 ou 200 µg), de galantamine, de donépézil ou de placebo. L’huperzine bloquait bien l’enzyme dans le sang, mais aucune molécule n’a amélioré les tests, à part un rappel des faits appris un peu mieux maintenu à 200 µg. Pour les auteurs, des jeunes en bonne santé sont déjà au plafond.

Avant l’entraînement : aucun gain, et l’effort paraît plus dur

À Saint-Louis, aux États-Unis, une équipe a testé 15 sportifs entraînés, 11 femmes et 4 hommes de 30 ans en moyenne (Wessinger et al., 2021). Ils ont pris 200 µg d’huperzine A ou un placebo avant 30 minutes de marche rapide ou de course sur tapis. Une semaine plus tard, ils ont fait l’inverse. Les tests de mémoire et d’attention faits pendant l’effort n’ont pas bougé, pas plus que la force de préhension, la détente ou les pompes.

Le seul écart va dans le mauvais sens : après l’effort, les participants ont jugé la séance plus difficile sous huperzine, 6,8 sur 10 contre 5,7 sous placebo. Les auteurs concluent que sa place dans les pre-workouts est à revoir. Limites : 15 personnes, des sportifs d’endurance plutôt que de musculation, et une gélule du commerce non analysée.

Un essai associe huperzine et alpha-GPC, mais dans un mélange qui contient aussi du ginseng américain et du poivre noir (Gage et al., 2021). Chez 14 joueurs de football universitaires américains, la force maximale et le saut n’ont pas changé. Pendant 120 contractions fatigantes des cuisses, la force montait un peu plus vite sous complément. Avec quatre ingrédients aux doses non précisées, impossible de savoir lequel a joué.

Pour la musculation, non : le seul essai sur des sportifs ne trouve aucun gain de concentration ni de performance avec 200 µg, et la séance a paru plus dure. Rien ne justifie d’en chercher dans un pre-workout.

Je te mets les principales études humaines dans le tableau ci-dessous.

ÉtudeParticipantsDoseDuréeRésultat
Xu et al., 1995103 malades d’Alzheimer (Chine)0,2 mg deux fois par jour8 semaines58 % améliorés contre 36 % sous placebo
Yang et al., 201320 essais, 1 823 malades d’Alzheimer0,2 à 0,8 mg par jour8 à 36 semainesMieux sur le MMSE, qualité faible
Xing et al., 20148 essais, 733 malades d’AlzheimerDoses variables8 à 24 semainesMMSE + 2,8 points, nausées 3 fois plus fréquentes
Rafii et al., 2011210 malades d’Alzheimer (États-Unis)200 ou 400 µg deux fois par jour16 semainesRien à 200 µg, mieux possible à 400 µg
Sun et al., 199968 collégiens se plaignant de leur mémoire100 µg deux fois par jour4 semainesQuotient de mémoire 115 contre 104
Morasch et al., 2015Jeunes adultes en bonne santé100 ou 200 µg en une prise1 jourEnzyme bloquée, performances inchangées
Wessinger et al., 202115 sportifs entraînés200 µg en une prise1 séanceAucun gain, séance jugée plus dure
Gage et al., 202114 joueurs de footballMélange avec alpha-GPC et ginseng1 séanceForce inchangée au repos, un peu mieux sous fatigue

Une demi-vie de 5 à 12 heures : ce que ça change pour la prise

La demi-vie, c’est le temps qu’il faut pour que la moitié d’une molécule quitte le sang. Chez 12 jeunes adultes, l’huperzine A atteignait son pic dans le sang vers 1 heure, avec une demi-vie d’environ 12 heures (Li et al., 2007). Une étude plus récente trouve aussi 12 heures (Wu et al., 2017). Deux autres trouvent 5 à 6 heures, mais l’une ne mesurait le sang que pendant 10 heures, ce qui rend le calcul moins fiable (Qian et al., 1995 ; Li et al., 2008).

Graphique en barres horizontales : demi-vie de l'huperzine A de 4,8 h, 6,2 h, 11,9 h et 12,1 h selon quatre études, contre 81,5 h pour le donépézil
Demi-vie de l’huperzine A dans quatre études chez des volontaires sains, comparée à celle du donépézil. Graphique MuscuNutrition d’après Qian et al., 1995, Li et al., 2008, Li et al., 2007, Wu et al., 2017, et Rogers et Friedhoff, 1998.

Comparée au donépézil, dont la demi-vie dépasse 80 heures (Rogers et Friedhoff, 1998), l’huperzine A n’est pas si lente. Mais avec 12 heures, il reste environ un quart de la dose le lendemain. Si tu prends une gélule chaque matin, une partie de celle de la veille est encore là. Chez les personnes âgées, l’élimination ralentit nettement avec l’âge (Sheng et al., 2016).

Ce que j’en retiens pour la prise :

  • une ou deux prises par jour suffisent, c’est le rythme de tous les essais ;
  • vérifie que ton pre-workout ou ton « mélange mémoire » ne contient pas déjà de l’huperzine : les doses s’additionnent ;
  • on lit souvent qu’il faut faire des pauses pour éviter l’accoutumance, mais aucune étude humaine ne l’a testé. Chez le rat, l’effet n’avait pas faibli après 30 jours, et les essais sur Alzheimer l’ont donnée en continu jusqu’à 36 semaines.

Nausées, cœur qui ralentit, crampes : les effets d’une acétylcholine en excès

Comme l’huperzine A fait durer l’acétylcholine partout, pas seulement dans le cerveau, ses effets secondaires touchent le ventre, le cœur et les muscles. Dans la méta-analyse de 2014, les nausées ou vomissements touchaient 4,2 % des patients sous huperzine contre 1,3 % sous placebo (Xing et al., 2014). La revue de 2013 cite aussi des insomnies, des vertiges et, dans 2 essais, des ralentissements du cœur. Aucun effet grave n’a été rapporté, mais 7 essais sur 20 ne disaient rien de la tolérance (Yang et al., 2013).

Graphique en barres horizontales des effets indésirables sous huperzine A et sous placebo : nausées ou vomissements 4,2 % contre 1,3 %, perte d'appétit 3,3 % contre 1,6 %, vertiges 2,5 % contre 3,2 %, douleurs au ventre 1,7 % contre 0 %
Part des malades touchés par chaque effet indésirable : seul l’écart sur les nausées et vomissements est significatif. Graphique MuscuNutrition d’après le tableau 3 de Xing et al., Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2014.

Le cœur mérite qu’on s’y arrête, car l’acétylcholine est aussi le messager du nerf qui le freine. Une étude a suivi plus de 1,4 million de seniors de l’Ontario, au Canada, sous médicaments anti-Alzheimer de la même famille (Park-Wyllie et al., 2009). Au début du traitement, leur risque d’hospitalisation pour un cœur trop lent doublait, y compris chez ceux qui prenaient déjà un médicament qui ralentit le cœur, comme un bêtabloquant. 11 % de ces patients ont eu besoin d’un pacemaker. Ce sont des médicaments, pas l’huperzine, mais le mécanisme est le même.

Côté muscles, une acétylcholine qui traîne peut donner des crampes. À Munich, deux personnes de 60 et 62 ans ont bu une tisane préparée par erreur avec un lycopode riche en huperzine A (Felgenhauer et al., 2000). Sueurs, vomissements, diarrhée, vertiges, parole pâteuse, et chez l’homme des crampes dans les mains et les jambes : toutes deux ont passé une nuit à l’hôpital.

En 2024, le RIVM a évalué les compléments à base d’Huperzia serrata vendus aux Pays-Bas, et ses conclusions sont sévères (de Heer et de Wit-Bos, 2024). Chez le rat, des effets cholinergiques apparaissent dès 0,3 mg par kilo, et les doses conseillées sur les produits laissent une marge de sécurité jugée trop faible. Aucune dose sans risque n’a pu être fixée, faute d’études de plus de 30 jours. L’huperzine passe le placenta et s’est montrée toxique pour l’embryon chez le lapin et la souris. Le RIVM conseille donc de ne pas en prendre, surtout pendant la grossesse. Dans les essais cliniques, les effets sont pourtant restés légers : cet avis repose surtout sur le manque de données à long terme.

Les associations à éviter

  • Les médicaments anti-Alzheimer (donépézil, rivastigmine, galantamine) et les autres anticholinestérasiques, comme la pyridostigmine prescrite dans la myasthénie : les effets s’additionnent.
  • Les anticholinergiques, qui font l’inverse : scopolamine (patchs contre le mal des transports), antidépresseurs tricycliques, antihistaminiques comme la diphenhydramine. L’essai de Rafii excluait les patients qui en prenaient, et le RIVM signale l’interaction avec la scopolamine.
  • Les bêtabloquants et les autres médicaments qui ralentissent le cœur.
  • Les autres compléments qui contiennent de l’huperzine, dont certains pre-workouts.

Et pas pendant la grossesse ni l’allaitement : les notices de plusieurs produits relevées par le RIVM le précisent déjà, avec une mise en garde en cas de problème cardiaque.

Mon avis : à qui elle peut servir, et à quelle dose

Pour un pratiquant de musculation en bonne santé, je ne la conseille pas. Le seul essai sur des sportifs ne trouve rien, à part une séance jugée plus dure, et l’effet sur la mémoire des jeunes en bonne santé n’a jamais été confirmé. Le risque, lui, est réel.

Pour un étudiant, l’unique essai positif porte sur 68 collégiens chinois pendant 4 semaines : trop peu à mon avis. Le sommeil et l’alimentation passent avant : aucun complément ne rattrape une mauvaise hygiène de vie. Pour une personne âgée dont la mémoire baisse, c’est une affaire de médecin, avec des médicaments du même mécanisme mieux étudiés.

Si tu tiens quand même à essayer, reste dans les doses étudiées chez des personnes en bonne santé : 100 à 200 µg par jour, en une ou deux prises. Ne la combine ni avec un autre produit qui en contient, ni avec les médicaments listés plus haut. Arrête si tu as des nausées, des crampes, des malaises ou un pouls inhabituellement lent. Et évite-la si tu es enceinte, si tu allaites ou si tu as un problème cardiaque.

Si ton but est l’acétylcholine, j’ai comparé les autres pistes dans l’article sur les compléments pour augmenter l’acétylcholine. L’alpha-GPC agit autrement, en apportant la choline qui sert à la fabriquer. Le bacopa freine la même enzyme, bien plus doucement, sur des cures de trois mois. Et pour la fatigue mentale, je te renvoie à l’article sur la rhodiola.

Sources

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  2. Rafii MS et al. (2011). A phase II trial of huperzine A in mild to moderate Alzheimer disease. Neurology.
  3. Xing SH et al. (2014). Huperzine A in the treatment of Alzheimer’s disease and vascular dementia: a meta-analysis. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine.
  4. Kozikowski AP, Tückmantel W (1999). Chemistry, Pharmacology, and Clinical Efficacy of the Chinese Nootropic Agent Huperzine A. Accounts of Chemical Research.
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